«Aucune rançon n'a été versée pour la libération de nos délégués, c'est du moins ce que m'a affirmé ce matin à Tbilissi le ministre géorgien de l'Intérieur et nous n'avons aucune raison de mettre sa parole en doute.» Ainsi s'exprimait, dimanche en fin d'après-midi à Genève, Angelo Gnaedinger, délégué général du CICR pour l'Europe et le Moyen-Orient, quelques minutes après l'atterrissage du petit avion de la Croix-Rouge qui ramenait les déléguées, Sophia Procoffiev et Natascia Zullino, retenues en otages depuis le 4 août dans la vallée de Pankissi. Et libérées dans la nuit de samedi à dimanche.

Les deux femmes – Natascia l'Italienne, 36 ans, devait remplacer Sophia la Française, 38 ans, et effectuait sa première mission en Géorgie – ont été accueillies par leurs familles (9 personnes et un chien) sur le tarmac de Cointrin avant d'être soustraites à la curiosité journalistique: «Nous devons d'abord effectuer un débriefing émotionnel et factuel», a expliqué Angelo Gnaedinger. Autrement dit reconstituer le cours des événements avec les protagonistes. Le CICR n'en dira guère plus, rappelant que c'était le 4 août vers midi que les deux femmes et leur chauffeur géorgien avaient été enlevés par un groupe d'hommes en armes. «A notre grand soulagement, nous avons constaté ce matin à Tbilissi que personne n'avait subi de mauvais traitement.» Les otages ont été déplacés à plusieurs reprises, mais «tout indique que c'était toujours à l'intérieur du territoire géorgien et pas en Tchétchénie».

C'est un coup de téléphone des autorités géorgiennes dimanche matin qui a prévenu Angelo Gnaedinger que «l'opération de libération était terminée.» Selon le délégué général, les négociations finales entre les ravisseurs et les autorités géorgiennes ont porté sur l'assurance donnée par ces dernières de ne «pas recourir à la force pour ramener l'ordre dans la vallée». En clair: l'impunité contre la libération. «Nous voudrions absolument éviter que les 5000 à 6000 réfugiés tchétchènes installés dans la vallée de Pankissi paient le prix de cet enlèvement», a précisé Angelo Gnaedinger. La question du maintien d'une repésentation du CICR dans la vallée se posera une fois mieux connues les circonstances du rapt. «Nous avons été très surpris par cet enlèvement, la présence de délégués dans cette vallée semblait être admise par tous», a encore expliqué Angelo Gnaedinger, avant d'estimer que ce n'était pas le CICR qui était visé dans cette opération: «On s'est juste servi de nous comme moyen de pression.»