Les pays occidentaux sont-ils responsables de la progression de l’Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak? Les médias américains s’interrogent après avoir divulgué plusieurs chiffres sur les montants des rançons exigées par les djihadistes en Syrie. Selon la chaîne de télévision CBS, EI aurait ainsi demandé 6,6 millions de dollars pour la libération d’une humanitaire américaine retenue en Syrie. C’est peu en comparaison des 130 millions réclamés en échange de la libération de James Foley, le journaliste américain sauvagement assassiné par les militants islamistes et dont les images vidéo de la décapitation ont horrifié le monde.

165 millions à Al-Qaida depuis 2008

L’enlèvement et le commerce des otages avec les pays occidentaux sont depuis plusieurs années un marché lucratif pour les groupes terroristes. Qu’il s’agisse d’Al-Qaida ou des militants de l’Etat islamique en Syrie et en Irak. Ainsi, ces cinq dernières années, l’EI aurait perçu 124 millions de dollars dans le rançonnage d’otages occidentaux, selon les chiffres articulés par le Daily Mail. Presque autant qu’Al-Qaida et ses groupes affiliés (Aqmi, Aqpa, Al-Shabab) qui auraient empoché 165 millions depuis 2008, d’après les chiffres du Trésor américain publiés fin juillet dans une enquête du New York Times.

Si les médias anglo-saxons s’insurgent, c’est parce que ces montants exorbitants perçus par les terroristes illustrent les disparités nationales en matière de rançonnage. En juin 2013, tous les pays du G8 se sont engagés officiellement à refuser de verser des rançons en cas d’enlèvements de leurs ressortissants. Un accord renforcé par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU au mois de janvier 2014. Cependant, comme le rappelle The Guardian , seuls les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se sont tenus à cet accord. Alors que plusieurs pays européens – dont la France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne – ont trouvé officieusement le moyen de canaliser l’argent vers les groupes terroristes en échange de leurs otages.

Une manne financière indispensable

Ce rançonnage très lucratif pour les djihadistes s’opère la plupart du temps par la livraison de plusieurs valises d’argent liquide déposées dans le désert par des intermédiaires. Des pratiques aux conséquences imprévues, mais inévitables, relève encore The Guardian . Pourquoi? Comme le souligne le quotidien britannique, plusieurs ressortissants européens ont été la cible d’enlèvements ces dernières années, car ils représentent une manne financière indispensable aux djihadistes.

D’autre part, le rançonnage de plusieurs pays européens a eu pour conséquence de gonfler les prix exigés pour la libération des captifs. Des montants de plusieurs millions (voire plusieurs dizaines de millions) de dollars impossibles à payer pour les familles et les employeurs des otages qui tentent de négocier en privé.

Interrogé par The Guardian , Phil Balboni, le rédacteur en chef du site d’informations Global Post où travaillait James Foley, s’est dit en faveur d’une meilleure coordination entre les gouvernements. Avant sa décapitation, «James Foley était retenu en compagnie d’otages français, espagnols, italiens, allemands et danois. Tous ont été libérés» contre paiement, commente Phil Balboni. Sauf James Foley.

Al-Qaida peut compter sur la France

Selon l’enquête du New York Times , c’est la France qui a versé, via des aides au développement déguisées ou des intermédiaires (le quotidien américain cite le géant du nucléaire Areva) les plus gros montants aux djihadistes depuis 2008. Le journal articule la somme de 58 millions de dollars, dont 40 rien que pour Al-Qaida au Maghreb (Aqmi) en vue de la libération, en octobre 2013, des quatre otages français retenus au Mali.

Le Monde avait alors dévoilé les dessous financiers de la négociation. A l’époque, le quotidien français articulait la somme de 20 à 25 millions d’euros prélevés sur les fonds secrets alloués aux services de renseignement français. Paris avait démenti. «La France ne brise pas ses principes… le non-paiement des rançons», déclarait François Hollande à l’heure d’accueillir ses quatre ressortissants.

La Suisse aussi

Après la France, viennent la Suisse (12,4 millions de dollars), l’Espagne (5,9 millions) ou l’Autriche (3,2 millions). A noter également les 20 millions payés, pour le compte de gouvernements européens, à Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa) par le Qatar et Oman, deux pays du Golfe qui servent habituellement d’intermédiaires aux Occidentaux au Yémen. A l’origine, Al-Qaida est financé par de riches donateurs du Golfe. Désormais, l’organisation terroriste peut compter sur les millions des pays européens pour financer le recrutement, l’entraînement et l’achat d’armes.