Où sont aujourd'hui les otages français?

Probablement toujours en Irak, même si plusieurs sources ont évoqué ces derniers jours «une piste syrienne». Le 2 octobre, un quotidien régional français, Le Télégramme de Brest, avait le premier affirmé que «les ravisseurs se trouvent sous la coupe des Syriens». Une information complétée mardi par un proche du très controversé député Didier Julia: «Christian Chesnot et George Malbrunot se trouvent en Syrie. Nous en avons la preuve», expliquait alors un collaborateur du parlementaire dont la mission officieuse a déclenché une polémique et provoqué, selon le Quai d'Orsay, «l'interruption des contacts avec les ravisseurs».

Aucun indice tangible n'est toutefois venu conforter cette hypothèse qui, d'après le Figaro de mercredi, reste «prise au sérieux». A l'inverse, plusieurs éléments plaident en sens contraire. La Syrie, en premier lieu, se sait espionnée par les Américains qui lui reprochent ses frontières poreuses avec l'Irak. Accepter l'exfiltration sur son territoire des deux reporters puis les y maintenir en détention représenterait donc un risque colossal pour Damas. Le président Syrien Bachar al-Assad aurait d'autre part tout à perdre en cas d'implication de ses services secrets: il serait aussitôt montré du doigt par Washington qui lui reproche déjà d'avoir aidé les hauts dignitaires baassistes irakiens en fuite. Et il apparaîtrait comme le «mouton noir» de la région, notamment face au roi de Jordanie Abdallah qui a joué un rôle direct dans la libération des deux Italiennes Simona Pari et Simona Torretta. Une manipulation de groupuscules syriens incontrôlés et hostiles au pouvoir d'Al-Assad est bien sûr possible. Mais le fait que la diplomatie française ait repris langue hier à Bagdad avec le Conseil des oulémas salafistes montre que Paris croit à la piste irakienne.

Qui les détient?

Le scénario le plus souvent évoqué est celui d'un enlèvement «par malchance». Les deux journalistes et leur chauffeur syrien auraient été kidnappés sur la route de Najaf le 20 août par un groupe qui ne les aurait pas «préalablement identifiés». Ces ravisseurs-là faisaient-ils déjà partie de l'Armée islamique en Irak qui a ensuite revendiqué le kidnapping? Pas sûr. Les otages pourraient avoir été cédés à ce groupe qui s'était tragiquement fait connaître en exécutant quelques jours plus tôt un journaliste italien, Enzo Baldoni.

Sur l'identité des membres de ce groupe, les avis diffèrent. Certains le considèrent comme une officine de militants salafistes, des sunnites «purs et durs» proches d'«émirs» insurgés de Falloujah. D'autres affirment que l'Armée islamique serait dirigée par d'anciens membres de la sécurité de Saddam. Un ex-officier aurait été identifié comme l'un des messagers en contact avec les dignitaires religieux sunnites.

Sont-ils toujours en vie?

Paris l'affirme, même si les dernières images des deux hommes, transmises à leurs familles mais non diffusées, datent du 18 septembre. L'ambassade de France à Bagdad, où la DGSE – les services secrets français – a toujours été fortement représentée (quatre de ses membres, armés, sont restés dans la capitale irakienne durant toute la guerre) et dispose d'étroits contacts avec les ex-militaires de Saddam Hussein, aurait en fait reçu «l'assurance que les otages sont bien traités et que leur vie n'est pas en danger».

L'élément le plus rassurant, selon les diplomates impliqués, est l'abandon rapide par les ravisseurs de leur revendication politique initiale, à savoir le retrait de la loi sur le voile islamique: «Si une exécution avait dû intervenir, elle aurait eu lieu à ce moment-là», confie un proche du dossier. Les négociations engagées ensuite – il y en a bien eu durant la première semaine de septembre – auraient porté, non sur une rançon exclusive en argent, mais aussi sur des aspects matériels encore secrets: «On parle d'équipement radio, voire d'armes», poursuit cet interlocuteur qui explique ainsi, a posteriori, l'implication rocambolesque de Moustapha Aziz, un intermédiaire familier du président ivoirien Laurent Gbagbo impliqué dans des contrats d'armement.