Des ravisseurs «stupides et malfaisants», qui ont violé son épouse et tué sa petite fille. De retour au Canada avec sa famille après cinq ans de captivité en Afghanistan, le désormais ex-otage Joshua Boyle a livré un récit effroyable à peine le pied posé sur le tarmac de l’aéroport de Toronto. Et déjà de nombreuses questions émergent, tant le profil du père de famille est atypique.

Aider les populations défavorisées

Le Canadien Joshua Boyle et sa femme américaine Caitlan Coleman ont été capturés en octobre 2012 en Afghanistan. En plein périple façon routards dans d’anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, ils s’étaient donné pour mission, en Afghanistan, de venir en aide aux populations défavorisées vivant sous le joug des talibans. Joshua Boyle s’est vanté de s’être rendu dans des régions «où aucune ONG, aucun travailleur humanitaire ni aucun gouvernement n’a jamais réussi à apporter l’aide nécessaire». Caitlan Coleman était enceinte de sept mois. Les trois enfants du couple, âgés aujourd’hui de 4 ans, 2 ans et 4 mois, sont nés en captivité.

Joshua Boyle et Caitlan Coleman attendaient un autre enfant et selon les déclarations du père, la petite fille a été tuée par les ravisseurs car il avait refusé une «offre» des preneurs d’otages. «La stupidité et le caractère malfaisant du réseau Haqqani kidnappant un pèlerin et sa femme enceinte, venus aider de simples villageois dans les régions contrôlées par les talibans en Afghanistan, n’ont été éclipsés que par la stupidité et le mal d’autoriser le meurtre de ma fille, martyr Boyle, en raison de mon refus répété d’accepter une offre que les malfaiteurs criminels du réseau Haqqani m’avaient faite», a-t-il dénoncé depuis l’aéroport de Toronto, sans préciser la nature de la proposition.

Très éprouvé, il lisait une déclaration écrite, la gorge nouée, après s’être excusé de son retard en raison d’une urgence médicale impliquant un de ses enfants. Il décrit le viol de sa femme comme n’étant «pas une action solitaire d’un garde, mais assisté par le capitaine des gardes et supervisé par le commandant du réseau Haqqani». Dimanche, les talibans ont démenti être responsables de la mort de l’enfant. Ils évoquent une fausse couche, et affirment ne pas avoir non plus violé Caitlan Coleman.

Une libération négociée?

Comme souvent dans ce genre d’affaire, les circonstances de la libération des otages restent très opaques. La famille était détenue par le réseau terroriste Haqqani, lié aux talibans. L’armée pakistanaise, aidée par le renseignement américain, serait parvenue à les libérer, en tirant dans les pneus d’un véhicule qui les transportait et venait d’arriver au Pakistan. Les ravisseurs auraient «pris la fuite à pied». Voilà pour la version officielle pakistanaise. La version afghane la contredit. Une source gouvernementale assure que la famille avait déjà été transférée au Pakistan dès 2015 et que tant les autorités américaines que canadiennes étaient au courant. Une source talibane haut placée a de son côté affirmé à l’AFP que les ravisseurs avaient eux-mêmes décidé de libérer les otages. Joshua Boyle, lui, évoque des échanges de coups de feu.

Le président américain a rapidement souligné la «coopération» du gouvernement pakistanais, alors qu’il avait jusqu’ici surtout accusé les services de renseignement pakistanais d’entretenir des liens avec les groupes terroristes. Y a-t-il eu contrepartie américaine pour obtenir la libération? La famille risque d’être mise fortement sous pression pour s’en tenir à une version «officielle». Cela ne sera pas une mince affaire vu le caractère frondeur et têtu du père.

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Autres zones d’ombre: à Islamabad, Joshua Boyle aurait refusé de monter dans un avion militaire américain; il aurait également refusé que du personnel médical américain examine ses enfants. L’ex-otage dément avoir refusé l’aide américaine. Il explique avoir simplement voulu retrouver ses parents, près de Toronto.

Un ex-beau-père cadre d’Al-Qaida

Une autre version circule: il aurait peur de remettre les pieds aux Etats-Unis en raison de ses liens avec un ex-détenu de Guantanamo. Fasciné par l’islam, il a pris fait et cause pour Omar Khadr, un Canadien capturé en Afghanistan en 2002, à l’âge de 15 ans, emprisonné à Guantanamo pendant dix ans avant d’être libéré et transféré au Canada. Omar Khadr a fini par plaider coupable pour cinq chefs d’accusation, dont ceux de crimes de guerre et de meurtre d’un soldat américain, en échange d’une réduction de sa peine de prison. Issue d’une famille salafiste de Toronto, il a combattu aux côtés des talibans. Son père était un cadre d’Al-Qaida, proche d’Oussama ben Laden. Joshua Boyle a épousé sa sœur en 2009, mariage qui n’a duré qu’un an.

En décembre 2016, Joshua Boyle et sa femme étaient apparus dans une vidéo des talibans avec deux enfants sur les genoux, implorant Barack Obama et Donald Trump d'intercéder en leur faveur. Dans une nouvelle vidéo datant du 10 janvier 2017, Joshua Boyle s'étonne de la rapidité - trois jours - avec laquelle une lettre de sa famille leur est parvenue. Joshua Boyle et Caitlan Coleman ne sont-ils vraiment que de simples «aventuriers idéalistes et naïfs», comme les décrit la mère de la jeune femme? Les points d'interrogation concernant le parcours et les motivations du père pourraient bien ne pas être dissipés de sitôt. Car la priorité, désormais, est bien à la reconstruction psychologique de chacun des membres de la famille après les traumatisme subis.