Ouganda et Nigeria: les deux dernières étapes de la tournée africaine de George Bush vont ramener au premier plan la question des guerres civiles et de la déliquescence des Etats. La réunion simultanée, à Maputo, au Mozambique, du deuxième sommet de l'Union africaine ouvert mercredi a d'ailleurs tout de suite abordé le sujet: «L'ONU et la communauté internationale peuvent nommer des émissaires, faciliter des négociations et dépenser des milliards de dollars dans des missions d'interposition, a déclaré dans son discours d'ouverture le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, mais aucun de ces conflits ne pourra être réglé si la volonté politique d'y mettre un terme n'émerge pas ici, en Afrique.»

Jusque-là, l'hôte de la Maison-Blanche a en effet surtout parlé avec ses homologues africains de l'Irak, de la lutte contre le terrorisme et du combat contre le sida, auquel les Etats-Unis prévoient de consacrer 15 milliards de dollars sur cinq ans. Son escale de jeudi au Botswana, petit pays prospère de 1,5 million d'habitants ravagé par le virus HIV – près de 40% des adultes sont infectés – avait pour but de permettre au président américain de témoigner sa compassion et de contrecarrer ainsi son image de défenseur des industries pharmaceutiques. George Bush, qui cherche à séduire, de retour au pays, l'électorat noir, s'y est employé: «Nous ne sommes pas seulement une nation puissante, a-t-il déclaré à Gaborone, la capitale. Je veux que les dirigeants d'Afrique sachent que notre peuple a profondément à cœur l'épidémie qui balaie vos pays. Nous pleurons pour l'orphelin. Nous pleurons pour la mère seule…»

Le chef d'Etat américain va devoir maintenant changer de registre. L'Ouganda, son escale d'aujourd'hui, est certes gravement touché par le sida. Mais la visite à Kampala a, surtout, une portée régionale. Le président ougandais, Yoweri Museveni, longtemps considéré par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) comme un dirigeant modèle, est au cœur de tous les conflits qui agitent la région des Grands Lacs et l'Afrique centrale*. La dernière preuve en date est le chaos qui s'est installé en mai à Bunia, au Congo-Kinshasa, après le retrait des troupes ougandaises. Des massacres ethniques entre milices rivales ont conduit l'Union européenne à y dépêcher, sous mandat de l'ONU, une force d'interposition à forte composante militaire française.

Museveni est aussi engagé dans un bras de fer au Rwanda avec son ancien protégé, l'ambitieux président Paul Kagame. Le gouvernement rwandais à dominante tutsie exerce toujours, malgré le retrait officiel de ses troupes, une influence prépondérante au Congo. Dernier séisme régional où l'Ouganda joue enfin un rôle: le Burundi, dont la capitale Bujumbura est depuis deux jours pilonnée par des tirs d'artillerie des rebelles hutus. Le 29 avril dernier, Domitien Ndayizeye, un Hutu, a remplacé le président sortant tutsi Pierre Buyoya, comme le prévoyaient les accords de paix de novembre 2001. L'Ouganda a servi de refuge aux uns et aux autres.

L'étape nigériane de samedi va enfin ramener George Bush au dossier le plus chaud du moment: celui du Liberia. L'hôte de la Maison-Blanche devrait rencontrer à Abuja le tout nouveau représentant spécial de l'ONU à Monrovia, Jacques Klein, un ancien officier et diplomate… américain, nommé mardi. Il s'entretiendra aussi avec son homologue nigérian, Olusegun Obasanjo, de l'asile politique que le Nigeria a accepté d'accorder au chef de l'Etat libérien Charles Taylor, dont Bush a exigé et obtenu le départ. Il devra, surtout, décider ou non d'envoyer des GI's en soutien de la force d'interposition ouest-africaine prévue, ce que réclament les Libériens. Pour l'heure, seule une mission d'experts militaires américains est arrivée à Monrovia. S'il ne s'engage pas plus à mettre fin aux hostilités, George Bush risque d'être perçu comme injuste vis-à-vis d'un continent noir où la paix, pour progresser, a davantage besoin de solidarité que de pitié.

* A lire: «Les nouveaux prédateurs. Politique des puissances en Afrique centrale» de Colette Braeckman. Ed. Fayard.