Le candidat de l'opposition Bobi Wine a déclaré, tôt vendredi, que l'élection présidentielle de la veille avait été entachée de «fraudes et de violences», tout en restant positif sur la «situation». «Merci à toi l'Ouganda pour être venu (...) voter en nombre record», a-t-il déclaré sur Twitter jeudi peu après minuit, parvenant à contrecarrer la censure des réseaux sociaux imposée par le gouvernement.

Les Ougandais ont voté jeudi lors d'une élection présidentielle tendue. Le jeune député et chanteur de ragga Bobi Wine défie le président sortant Yoweri Museveni, deux fois plus âgé, qui brigue un sixième mandat après 35 ans de pouvoir.

Depuis mercredi soir, l'accès à l'internet est largement perturbé dans le pays. Les autorités ont officiellement suspendu réseaux sociaux et services de messagerie mardi, au terme d'une campagne particulièrement violente, émaillée d'arrestations et d'émeutes et endeuillée par plusieurs dizaines de morts.

Les premiers bureaux de vote ont fermé peu après 16h00 heures locales dans la capitale, Kampala. Certaines urnes ont immédiatement été ouvertes pour faire un premier décompte devant la foule, en signe de transparence, ont constaté des journalistes de l'Agence France Presse (AFP). Les résultats de l'élection seront connus «dans les 48 heures après la fermeture des bureaux de vote», a assuré sur Twitter la commission électorale.

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«Les Ougandais se sont déplacés en nombre pour voter»

Yoweri Museveni a voté en fin d'après-midi dans l'ouest du pays à Kiruhura, dans la région rurale de sa famille d'éleveurs. «Le président […] est sûr de gagner. Mais il acceptera le résultat des élections du moment qu'elles sont libres et justes», a assuré à l'AFP son porte-parole, Don Wanyama. Le dirigeant autoritaire de 76 ans, qui règne sur l'Ouganda depuis 1986, s'affiche en grand favori. En Afrique, seuls Teodoro Obiang Nguema en Guinée Equatoriale et Paul Biya au Cameroun ont passé plus de temps au pouvoir sans interruption. En face de l'ex-guérillero, Bobi Wine cristallise l'espoir d'alternance d'une partie de la jeunesse de ce pays pauvre de 44 millions d'habitants, dont 18 millions d'électeurs.

«Nous savons que les Ougandais se sont déplacés en nombre pour voter», s'est félicité Bobi Wine, après avoir voté en fin de matinée dans un bureau de vote en périphérie de Kampala, la capitale quadrillée par des unités de policiers en tenue anti-émeutes. Le chanteur, Robert Kyagulanyi de son vrai nom, a affirmé que plusieurs observateurs électoraux de son parti ont été arrêtés dans la matinée. Il a dénoncé les dysfonctionnements de certaines machines biométriques utilisées pour vérifier l'identité des votants.

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Jeudi, les opérations de vote ont commencé avec retard dans plusieurs bureaux de Kampala, où des électeurs ont fait la queue pendant des heures, selon des journalistes de l'AFP. En dehors de la capitale, le scrutin s'est déroulé dans le calme avec une forte présence des forces de sécurité, selon les premiers retours de certains districts.

Choc des générations

Le duel entre les deux hommes symbolise le choc des générations d'un Ouganda où trois quarts de la population a moins de 30 ans. Dans le bidonville de Kamwokya, place forte de Bobi Wine, Saad Mukoone est venu voter pour le jeune député en famille. «J'ai toujours vu le même président et je veux quelqu'un d'autre», confie l'étudiant de 23 ans à l'AFP. Sa soeur Sophie, 34 ans, tente depuis des mois de faire basculer leur mère en faveur du chanteur. Mais Faith Florence Nakalembe ne veut rien entendre. «Ces jeunes, ils veulent le changement, mais ils ne savent pas ce que Museveni a fait pour nous», soupire cette femme de 58 ans.

Des craintes ont émergé quant à l'équité et la transparence du scrutin au cours de cette campagne plus violente que les précédentes. Des journalistes, des critiques du régime et des observateurs américains et européens ont été empêchés de travailler. Mettant en avant les mesures de prévention contre le Covid-19, le régime a interdit de nombreux meetings de l'opposition, tandis que Yoweri Museveni bénéficiait d'une large visibilité médiatique grâce à son statut de président.

La campagne s'est terminée mardi par la suspension des réseaux sociaux et des services de messagerie, tels Facebook, Twitter, WhatsApp, Signal et Viber. Une mesure de rétorsion publiquement assumée par Yoweri Museveni, pour sanctionner la fermeture par Facebook de plusieurs comptes liés au pouvoir, accusés d'influer de manière artificielle sur le débat public.