Les Ivoiriens devront attendre mardi 1er novembre dans l'après-midi l'annonce du résultat du référendum sur la nouvelle Constitution voulue par le président Alassane Ouattara, alors qu'avec le boycottage de l'opposition, le «Oui» était logiquement largement en tête selon les résultats partiels. Après la lecture de plusieurs dizaines de procès-verbaux, la Commission électorale indépendante de Côte d'Ivoire a remis vers 1h30 (locale et GMT) du matin à mardi 13h30 l'annonce des résultats de 15 des 31 régions restantes.

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Les résultats partiels annoncés laissent apparaitre que le «Oui» est largement en tête alors que le taux de participation varie selon les départements, mais il est encore impossible de donner des chiffres fiables, la masse des résultats manquants étant trop importante.

Le taux de participation, enjeu du scrutin

L'issue du référendum ne fait toutefois aucun doute avec le boycottage de l'opposition, le taux de participation des 6,3 millions d'électeurs appelés aux urnes étant le véritable enjeu du scrutin.

Dans un communiqué officiel, la commission avait rappelé dans la journée qu'elle est «la seule entité habilitée à proclamer les résultats provisoires du scrutin». Les deux coalitions de l'opposition ivoirienne n'ont, elles, pas attendu, donnant dès dimanche soir leurs estimations respectives.

Pour l'Alliance des forces démocratiques de Côte d'Ivoire (AFD-CI): «le taux de participation est entre 6 et 7%». Pour Pascal Affi Nguessan, le président du Front populaire ivoirien (FPI) fondé par l'ancien président Laurent Gbagbo, principale composante de l'AFD-CI, «il s'agit d'un succès éclatant du mot d'ordre de boycott que nous avons lancé. Il appartient au président (Alassane) Ouattara de tirer les conséquences (...) Soit il retire le texte, soit il démissionne». De son côté, la coalition Front pour le refus-Coalition du non, qui avait aussi appelé au boycottage, estime que «le taux de participation oscille entre 3 et 5%».

Le pouvoir se félicite d'une victoire assurée

«Ces chiffres sortis tout droit de l'imaginaire de ces opposants à la nouvelle Constitution ont pour but clair de porter un discrédit sur la volonté démocratique exprimée par le peuple de Côte d'Ivoire», estime quant à lui Joël N'Guessan, le porte parole du Rassemblement des républicains (RDR), le parti du président Ouattara. «Le +oui+ l'a emporté, c'est cela l'essentiel», ajoute-t-il rappelant la faible participation (30 %) en France lors du référendum sur la durée du mandat présidentiel de 2000.

Lundi, la Plateforme des organisations de la société civile pour l'observation des élections en Côte d'Ivoire (POECI) a estimé que «l'élection s'est globalement bien déroulée en dépit de quelques incidents signalés par les observateurs».

Des groupes de jeunes ont toutefois perturbé le processus de vote, saccagé ou emporté du matériel électoral dans plusieurs villes. Le ministre de l'Intérieur, Hamed Bakayoko, avait parlé dimanche d'incidents dans une «centaine de bureaux de votes» sur un total de quelque 20 000.

Concept d'«ivoirité»

Selon le pouvoir, la nouvelle Constitution évacue notamment le concept d'«ivoirité» en clarifiant les conditions d'éligibilité du président. Ses détracteurs avaient reproché à Alassane Ouattara son origine burkinabè et contesté son éligibilité (il n'avait pu se présenter que grâce à un décret). Ce concept d'«ivoirité» a miné la stabilité du pays pendant plus de dix ans.

Le projet prévoit aussi la création d'un poste de vice-président qui alimente les fantasmes. En outre, ce texte crée un Sénat, institutionnalise la Chambre des rois et chefs traditionnels et étend le domaine de compétence du Conseil économique et social à l'environnement.

L'opposition avait appelé au boycottage, reprochant au pouvoir de ne pas avoir consulté ni l'opposition ni la société civile. Elle qualifie de «monarchique et rétrograde».