Il semblerait que les autorités chinoises n'aient de cesse que tous les Ouïgours - première minorité du pays, turcophone et musulmane - aient plié l'échine jusqu'à terre. A l'automne dernier, Pékin a confisqué les passeports de toute la communauté, pour de prétendues vérifications. Résultat: aucun Ouïgour ne peut quitter le pays, faute de papiers d'identité. Derrière cela? Empêcher ces musulmans de se rendre en masse au pèlerinage de la Mecque. «Ils craignent des rassemblements importants loin du contrôle de Pékin», explique un Ouïgour qui vit à l'étranger. Afin de ne pas se voir reprocher l'interdiction des pèlerinages, les autorités ont instauré un quota: 5000 fidèles sur 9 millions d'Ouïgours vivant en Chine. «Des hommes et femmes âgés principalement.» Inoffensifs.

Depuis le 11 septembre 2001, Pékin a pris le parti de présenter l'ETIM (East Turkestan Islamic Movement), un mouvement séparatiste ouïgour, comme étant connecté à Al-Qaida, et tout mouvement protestataire comme terroriste. L'aubaine, aujourd'hui, pour les autorités de Pékin, ce sont les Jeux olympiques. Et la fameuse «menace terroriste» qui est supposée planer sur l'événement.

«Les Jeux sont devenus une excellente opportunité pour poursuivre la persécution des Ouïgours et les diaboliser en les faisant passer pour des terroristes, sans aucune preuve crédible, indépendante et vérifiable», déplore Alim Seytoff, secrétaire général de la Uyghur American Association, basée à Washington. Depuis le début de l'année, 82 arrestations ont eu lieu. Alim Seytoff s'indigne: «Aujourd'hui, si un Ouïgour n'est pas satisfait du gouvernement chinois, on lui colle l'étiquette de terroriste!»

Que penser de ces dépêches de l'agence de presse officielle Chine Nouvelle qui paraissent depuis le début de l'année? «Un projet d'attentat terroriste contre un avion de la compagnie China Southern Airlines assurant une liaison entre Urumqi et Pékin a été déjoué ce vendredi (ndlr: 7 mars 2008).» Le journal Le Soir, qui avait pu se procurer quelques précisions, cite Nur Bekri, président du gouvernement régional du Xinjiang: «L'équipage est venu à bout des assaillants et tous les passagers et membres du personnel sont sains et saufs.» Pourtant, on ne trouve aucun témoignage. Ou encore cette dépêche: «Des séparatistes présumés tués en début d'année dans le Xinjiang préparaient un attentat contre les prochains Jeux olympiques de Pékin.» Toujours sans précision.

Un autre article annonce l'arrestation d'une quinzaine d'Ouïgours dans les Pamir, présentés comme de dangereux membres de l'ETIM pris en flagrant délit dans un «camp d'entraînement». Dix-sept personnes ont été arrêtées et 18 tuées au cours de l'opération, selon les autorités. Accusés d'«activités séparatistes, entraînements dans des camps de terroristes et fabrication d'armes illégales», Mukhtar Setiwaldi et Abduweli Imin ont été exécutés immédiatement après l'annonce publique de leur condamnation à mort le 9 juillet 2008.

On comprend mal comment les autorités de Pékin, jamais transparentes, le deviennent soudain lorsqu'il s'agit de tentatives d'attentats déjouées, alors même qu'elles auraient plutôt intérêt à les taire. Et que dire de ces e-mails que reçoivent ceux qui dénoncent l'oppression des Ouïgours? «Ce sont des courriers envoyés par les Chinois. Ils prennent des pseudos de militants ouïgours. Surtout il ne faut pas les ouvrir, il y a des virus», prévient un Ouïgour basé à l'étranger.

Dans certains de ces courriers, on peut voir des annonces ouvertes du «Parti islamique du Turkestan oriental» qui appelle à la guerre sainte. «Ils usurpent les identités, la guerre sainte n'a jamais été dans les revendications de l'ETIM», poursuit notre interlocuteur. Les autorités chinoises n'hésitent pas non plus à pirater les sites des opposants. «Le jour où la police a tué cinq Ouïgours à Urumqi, notre website a été attaqué par les Chinois», déplore Alim Seytoff.

Les autorités chinoises ont pour méthode de réprimer tout mouvement de protestation - même pacifique. A Guldja, en février 1997, des milliers d'Ouïgours furent tués ou mis en prison alors qu'ils manifestaient pacifiquement pour demander l'égalité de leurs droits avec ceux des Chinois hans. Certains, dès lors, assurent qu'avec ces pseudo-menaces terroristes, les autorités chinoises sont en train de préparer le terrain: les Ouïgours pourront être réprimés en toute légitimité au moindre soubresaut durant les Jeux olympiques.