Cinq morts et 300 blessés; les Mongols n'en reviennent pas. Le pays a certes enfanté l'un des conquérants les plus sanguinaires de la planète - Gengis Khan - mais il était depuis longtemps revenu au calme de ses steppes. Mercredi, les habitants se sont réveillés groggy, après une nuit d'émeutes dans la capitale, déclenchée par l'annonce de résultats contestés aux élections législatives de dimanche. «Tout le monde est choqué. On n'avait pas connu de telles violences depuis la révolution de 1911 contre la dynastie mandchoue», souligne Deegii, résidente à Oulan-Bator. Et la population de s'interroger sur ce qui a bien pu mener à de telles violences.

Calme revenu

Lundi soir, le Parti populaire révolutionnaire mongol (PPRM) a déclaré avoir remporté le scrutin. La commission électorale, elle, a évoqué une allégresse prématurée. Le lendemain, le Parti démocrate a accusé les anciens communistes d'avoir «volé 30% des voix». Lors des précédentes élections en 2004, les deux formations étaient au coude-à-coude: ils se partagent le pouvoir depuis lors, au sein d'une coalition bancale.

Mardi soir, une foule de manifestants s'est massée devant le siège de l'ancien Parti communiste. «Les petites organisations, craignant de ne plus être représentées au parlement, ont appelé à défiler devant les locaux de l'ancien parti unique. Il y avait à peine 500 personnes au départ, mais très vite, d'autres groupes se sont agrégés et des casseurs sont arrivés. A la fin, ils étaient près de 10000», raconte un diplomate en poste dans la capitale.

L'immeuble a été incendié, le Palais de la culture, situé à côté, dévasté. La police a tiré des balles en caoutchouc. Le président Nambariin Enkhbayar a ensuite décrété l'état d'urgence. «Le calme est revenu mercredi, car l'armée quadrille toute la ville, poursuit le représentant européen. Mais il y a eu de nombreux pillages et les craintes se tournent désormais vers les jeunes qui vivent en périphérie de la capitale.» Oulan-Bator est composée aux deux tiers de quartiers de yourtes, «banlieue» indigente et désœuvrée. La plupart des gens y vivent sous le seuil de pauvreté.

«Le Parti démocrate a demandé un recomptage des bulletins. Le parlement doit statuer dans les jours qui viennent et, selon sa décision, les violences pourraient éclater à nouveau», redoute Guy Bourel, patron duBistrot français de la capitale mongole.

Médias muselés

Nombre des 2,6 millions d'habitants du pays sont en effet furieux de la manière dont le pouvoir a géré la crise. «La première bourde a été d'annoncer les résultats du scrutin trop tôt, la seconde de verrouiller les médias», note encore Guy Bourel. Depuis mardi, seule la télévision d'Etat a le droit d'émettre. «La démocratie mongole est toute jeune, mais la population y tient. C'est le seul Etat de la région qui peut se targuer de respecter la liberté de la presse», avance le diplomate.

La constitution des listes de vote semble être une autre donne du problème. L'écart entre le recensement du département national des statistiques et celui de la commission électorale est de 111483 votants, soit environ 8% du corps électoral. «En Mongolie, vous pouvez vous inscrire jusqu'à une minute avant le début du scrutin, ça ne facilite pas les comptes», relève le fonctionnaire européen. Le grand pays, cependant, est fort peu peuplé.