L'Afghanistan est redevenu le champ de bataille prioritaire d'Al-Qaida. Avec son appel audio, jeudi, aux Européens pour qu'ils abandonnent le combat, Oussama ben Laden montre de nouveau sa maitrise du calendrier. En situation difficile en Irak, la nébuleuse islamo-terroriste dispose de bien meilleures cartes en Afghanistan, où la Force d'assistance internationale (ISAF) de l'OTAN accumule les revers. Tour à tour, deux rapports internationaux, l'un de l'ONG britannique Oxfam et l'autre du conseil Senlis, viennent de dénoncer la prise de contrôle croissante des provinces par les talibans. Les informations en provenance du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sont tout aussi aussi alarmistes. «L'impression que le chaos s'est installé en Afghanistan est notre plus coriace adversaire», concède, à Bruxelles, un responsable de l'OTAN.

Preuve de l'importance de ce défi, l'Alliance atlantique a distribué le 22 novembre aux missions diplomatiques à Bruxelles une liste de contre-arguments. Cette liste, que Le Temps a pu consulter, détaille en neuf points les avancées de l'OTAN et nuance les problèmes rencontrés pour convaincre ses membres et ses partenaires d'envoyer de nouvelles troupes. «Nous contestons avec vigueur l'idée d'une faillite de la mission en Afghanistan», assène le document.

Ironie des dates, ce mémo a été rédigé au lendemain de la décision du Conseil fédéral de rapatrier en mars 2008 les deux officiers d'état-major suisses déployés au sein du bataillon allemand à Kunduz (nord). Un retrait peu apprécié au siège de l'OTAN, où l'on regrette de ne pas avoir été informé à l'avance, et où l'on désapprouve le communiqué helvétique affirmant que l'opération de maintien de la paix s'est muée en «lutte contre les insurgés».

Espoir d'un Afghan sur deux

Selon la note de l'OTAN, qui cite plusieurs sondages réalisés dans le pays, 51% des Afghans pensent que leur pays va «dans la bonne direction», contre 28% persuadés du contraire. Les efforts en matière d'éducation, de reconstruction, de désarmement et d'ouverture des écoles pour les filles sont le plus souvent cités. Deux Afghans sur trois interrogés pensent que la présence de troupes étrangères est une bonne chose. Le score est de 57% à Kandahar, fief des talibans. L'Alliance affirme en outre que les combattants islamistes «contrôlent au mieux que quelques centres de districts pendant plusieurs jours. Ils ne peuvent pas garder leurs territoires. Ils ne contrôlent pas une seule province».

Problème: les divergences entre alliés, que Ben Laden cherche à exacerber, sont patentes. La note de l'OTAN reconnaît que «les nations ne peuvent pas être forcées à envoyer des troupes». «Oui, nous voudrions déployer plus de soldats pour rendre l'ISAF - 41 000 militaires de 38 pays - plus efficace», peut-on lire. L'Alliance confirme dans ce mémo avoir le plus grand besoin sur le terrain de troupes musulmanes, très difficiles à mobiliser à l'exception d'un contingent turc. Deux bonnes nouvelles militaires seulement ont éclairci un peu l'horizon ces dernières semaines: la décision de la France d'envoyer des instructeurs en Uruzgan, et celle de l'armée tchèque de donner 12 hélicoptères à l'armée afghane, à condition que l'OTAN en assure l'entretien, estimé à 33 millions de dollars.

«C'est perdu!»

La brèche dans laquelle cherche à s'engouffrer le chef d'Al-Qaida est donc celle de tous les risques. A preuve: l'intervention le 5 novembre d'un expert français, Yves Boyer, devant le Parlement européen: «C'est perdu! avait-il déclaré. Soit on met 500000 hommes, des milliards d'euros et on aura peut-être quelques chances de l'emporter... d'ici à cinq ou dix ans».