«Yasser Arafat encourage toutes les organisations à lancer des attaques terroristes et il ne fait rien pour les condamner ou les en empêcher.» Hier, le chef des renseignements de l'armée israélienne ne pouvait être plus clair devant une commission parlementaire. Ces déclarations viennent en appuyer d'autres, faites par des responsables de Tsahal, y compris par son chef Shaul Mofaz: désormais, l'Autorité palestinienne d'Arafat est considérée comme l'élément central de l'insurrection, mais surtout des attentats qui ensanglantent Israël. De fait, l'Autorité palestinienne se sait prise entre le marteau et l'enclume. Parallèlement à la «lutte» qui oppose les Palestiniens à l'Etat d'Israël, s'en ajoute une autre, particulièrement visible ces dernières semaines, celle qui fait rage au sein de la nébuleuse palestinienne afin de ne pas se faire engloutir par l'Intifada, et par le chaos qui a suivi la réaction israélienne.

«L'escalade est inutile»

Bassem Eid, le très respecté directeur d'un groupe de défense des droits de l'homme à Gaza réclamait récemment dans la presse américaine un changement radical de tactique à Yasser Arafat. «Il sait de manière certaine que l'escalade ne fonctionnera pas», disait-il en lui conseillant de faire passer la révolte d'une «résistance armée à une protestation civile sans armes, des affrontements aux manifestations», pour renouer avec «le caractère originel de l'Intifada». Selon lui, seul ce changement permettrait d'influencer aussi bien l'opinion israélienne que mondiale et convaincre le premier ministre élu Ariel Sharon de retourner à la table des négociations. Bassem Eid n'est pas le seul à craindre qu'Arafat finisse par dilapider le capital de sympathie qu'a provoqué, à l'étranger, l'irruption de l'Intifada. Une autre personnalité particulièrement respectée, Haidar Abdel Shafi, prône la création, dans le camp palestinien, d'une alternative à Arafat: un gouvernement d'Union nationale qui ferait pendant à celui dont va se doter Israël aujourd'hui. «L'Autorité palestinienne actuelle ne représente pas tous les courants politiques. C'est l'un de ses aspects négatifs», a expliqué à l'hebdomadaire Palestine Report celui dont le visage reste associé à la conférence de Madrid en 1991, lorsqu'il incarna les Palestiniens de «l'intérieur».

Bien davantage que ceux qui lui réclament un changement de tactique, ce sont ceux qui le poussent vers l'extrémisme qui inquiètent Yasser Arafat et les siens. Tous les sondages le montrent, la popularité du Hamas et notamment celle de son chef spirituel cheikh Yassine ne cesse de croître au détriment de celle du chef historique de l'OLP. Dans la presse israélienne, un cacique du Fatah d'Arafat s'en plaignait: la coopération «militaire» entre son organisation et le Hamas a cessé. «Les membres du Hamas, assure ce Palestinien dont l'identité n'est pas précisée, continuent d'assister aux réunions du Commandement national islamique qui coordonne l'insurrection depuis des mois. Mais ils conduisent leurs attentats tout seuls». Le Hamas sait que les conditions n'ont jamais été aussi favorables pour lui. Soumis au bouclage économique le plus sévère de leur histoire, tandis que le nombre de morts continue de croître, les Palestiniens sont désormais bien peu nombreux à rejeter une réaction violente contre Israël, fût-elle terroriste. Cédant sans doute à la pression populaire palestinienne, le Commandement de l'Intifada vient d'interdire formellement d'ouvrir le feu sur des Israéliens à partir de zones habitées sous contrôle palestinien. Il sait que l'armée israélienne ne fait pas de quartier lorsqu'elle réplique. Sous l'impulsion du Hamas, le camp palestinien semble avoir choisi sa voie, exporter la violence hors des territoires pour frapper les Israéliens au cœur.

Le commentateur militaire du quotidien Haaretz croit savoir qu'Arafat n'a pas encore engagé ses troupes dans cette bataille. Il laisse notamment en retrait sa Sécurité générale, au demeurant peu disposée à se heurter de front à une armée israélienne dont elle connaît d'expérience la puissance pour l'avoir affrontée autrefois au Liban. Mais la pression est énorme. Il y a quelques jours, le ministre des Communications Imad Faluji semait l'effroi parmi ses collègues officiels palestiniens. L'Intifada, disait-il tout de go, avait été planifiée des mois avant la visite d'Ariel Sharon sur le Mont du Temple et visait à faire fléchir les Israéliens. Imad Faluji est lui-même un ancien membre du Hamas, resté très proche de ce mouvement. Plus qu'un aveu, sa déclaration sonne comme une menace aux oreilles des membres de l'Autorité palestinienne qui risquent à tout moment de se faire distancier par plus belliqueux qu'eux.