La Colombie et l'ELN, sa dernière guérilla en lutte armée, ont officiellement ouvert mardi en Equateur des pourparlers de paix visant à «tourner la page de la guerre» qui mine ce pays depuis plus d'un demi-siècle.

«Aujourd'hui, nous avons l'opportunité de terminer, enfin, le conflit armé et tourner la page de la guerre», a déclaré Juan Camilo Restrepo, chef négociateur du gouvernement colombien, en appelant l'ELN à exprimer son «renoncement public aux enlèvements». «Sans cette décision, il sera très difficile d'avancer dans la construction d'accords» de paix, a-t-il averti dans son discours.

Lire aussi: La dernière guérilla colombienne entre en négociations

Après la paix avec la guérilla marxiste des Farc, la Colombie entame une étape cruciale de sa pacification avec ces pourparlers avec l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste), organisés dans une hacienda jésuite, située près de Sangolqui, à une trentaine de kilomètres de Quito.

«Nous sommes disposés à assumer la responsabilité des faits survenus pendant le conflit», a pour sa part déclaré Pablo Beltran, chef de la délégation de l'ELN, en disant cependant attendre que «les leaders de l'autre partie fassent de même» afin de «livrer la totale vérité aux millions de victimes colombiennes».

Trois ans de tractations secrètes en amont

Juan Manuel Santos, qui a signé en novembre un accord historique avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), principale guérilla du pays, avait estimé il y a quelques jours que les négociations avec l'ELN allaient «permettre de parvenir à une paix complète».

La première session des discussions en tant que telles démarrera mercredi et se tiendra à huis clos. Trois ans de tractations secrètes ont précédé l'ouverture du dialogue avec cette guérilla inspirée de la révolution cubaine et qui, selon le gouvernement, compte encore quelque 1 500 combattants.

«Je veux croire qu'en cette occasion, l'ELN a vraiment la volonté d'abandonner la violence», avait tweeté dans la matinée le ministre de l'Intérieur, Juan Fernando Cristo, dont le père a été tué par cette rébellion en 1997.

Juan Manuel Santos, prix Nobel de la Paix 2016, avait toutefois posé en préalable la libération d'un otage de l'ELN, l'ex-député Odin Sanchez, séquestré depuis avril, la guérilla exigeant la grâce de quatre rebelles emprisonnés.

D'abord prévu en octobre, le lancement du processus, qui suit quatre tentatives avortées au début des années 1990 et 2000, avait été annulé au dernier moment, ces conditions n'étant pas remplies. Mais jeudi dernier, l'ELN, dont le nombre d'otages n'est pas connu, a relâché l'ex-député, le gouvernement graciant les guérilleros réclamés, dont deux vont participer aux négociations. Puis, elle a libéré lundi un nouvel otage, le soldat Fredy Moreno Mahecha, détenu pendant une dizaine de jours.

Lire aussi: Le parcours tortueux du dernier otage de la guérilla colombienne

«Des revendications un peu plus fondamentalistes que les Farc»

Depuis les années 60, le conflit colombien, le plus long du continent américain, a impliqué une trentaine de guérillas, des paramilitaires d'extrême droite et les forces de l'ordre, faisant au moins 260 000 morts, plus de 60 000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Juan Manuel Santos entend négocier un accord similaire à celui avec les Farc, issues comme l'ELN d'une insurrection paysanne en 1964 et dont les quelque 6 200 guérilleros préparent à présent leur désarmement.

Mais «le processus va être compliqué parce que l'ELN a des revendications un peu plus fondamentalistes que les Farc (...), veut des modifications beaucoup plus profondes de la société», a précisé à l'AFP le politologue Frédéric Massé, de l'université El Externado de Bogota.

Pablo Beltran a réitéré sur Twitter que les pourparlers avaient «besoin de la participation de tous les Colombiens». Des débats et des assemblées sont déjà organisés pour recueillir les suggestions d'associations.

Outre l'Equateur et la Norvège, le Brésil, le Chili, Cuba ainsi que le Venezuela sont garants du processus avec l'ELN et en accueilleront les prochaines sessions.

Lire aussi: En Colombie, la paix risque d'être aussi violente que la guerre