Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dit se présenter la «tête haute» et a dénoncé des accusations «ridicules» à l'ouverture de son procès pour corruption, le premier de l'histoire d'Israël visant un chef de gouvernement en fonction.

A son arrivée, devant des membres de son équipe le visage barré de masques sanitaires, le Premier ministre s'est montré, sans masque, combatif et a accusé la justice et les médias de travailler ensemble à le faire chuter, selon l'AFP.

Sans le filtre des médias

«Je me présente à vous le dos droit et la tête haute», a-t-il déclaré, dénonçant des accusations «ridicules» de corruption, abus de confiance et malversation pesant contre lui avant de se protéger le visage pour l'audience. «J'ai demandé à ce que tout soit diffusé en direct afin que le public puisse tout entendre (directement) et non via le filtre des journalistes (à la solde) du procureur général», a-t-il ajouté accusant une partie de la presse de partialité.

Avant le début des procédures, des supporters, drapeaux israéliens au vent, se sont rassemblés à proximité du tribunal quadrillé par la police.

Un «procès Dreyfus 2020»?

«Benjamin Netanyahu, le peuple est avec toi», scandait un homme, tandis qu'une dame brandissait une pancarte sur laquelle on pouvait lire «Procès Dreyfus 2020», en référence au retentissant scandale ayant mêlé erreur judiciaire et antisémitisme en France au tournant du 20e siècle.

Dans une autre manifestation, anti-Netanyahu cette fois, des centaines de personnes scandaient «démocratie, démocratie», accusant le Premier ministre de corruption.

Avant M. Netanyahu, Ehud Olmert, ancienne étoile du Likoud, avait déjà été inculpé -après voir démissionné- pour corruption, puis reconnu coupable avant de croupir 16 mois en prison.

Benjamin Netanyahu, 70 ans dont 14 au pouvoir, est accusé d'avoir reçu pour 700 000 shekels (180 000 euros) de cigares, champagne et bijoux de la part de personnalités richissimes en échange de faveurs financières ou personnelles.

Recherche d'avantages médiatiques?

Selon les enquêteurs, M. Netanyahu aurait aussi tenté de s'assurer une couverture favorable par le plus grand quotidien payant d'Israël, le Yediot Aharonot. La justice le soupçonne enfin d'avoir accordé des faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des millions de dollars au patron de la société israélienne de télécommunications Bezeq en échange d'une couverture favorable d'un des médias du groupe, l'influent site Walla.

«En 244 ans de démocratie (depuis la révolution américaine, ndlr) il n'y a jamais eu personne inculpé pour avoir reçu une couverture favorable d'un média. Et dans mon cas, la couverture n'était même pas favorable», a plaidé dimanche M. Netanyahu.

Des trois affaires, c'est cette dernière qui est la plus explosive mais peut-être aussi la plus complexe.

«Dans les cas classiques de corruption, tout tourne autour de l'argent (...) mais là il s'agit de corruption pour obtenir une couverture de presse favorable. C'est sans précédent», note Amir Fuchs, chercheur à l'Institut démocratique d'Israël, centre de recherche à Jérusalem.

«Ce n'est pas simplement offrir une couverture favorable (...) mais lui accorder un contrôle éditorial total sur les textes et les photos spécifiques», ajoute-t-il. Après des mois de suspense, le procureur général Avichaï Mandelblit avait inculpé M. Netanyahu en novembre 2019, un «arrêt de mort politique» espéré alors par ses détracteurs.

Mais «Bibi», comme le surnomment les Israéliens, a réussi à se maintenir à la tête du Likoud, à terminer en première place aux dernières législatives, à négocier un accord de partage du pouvoir avec son rival Benny Gantz et à rester Premier ministre.

Aucune immunité judiciaire

En Israël, le Premier ministre ne dispose d'aucune immunité judiciaire mais, à la différence des autres élus et des fonctionnaires, il n'a pas à démissionner ou à se retirer le temps du procès.

Pour Yuval Shany, professeur de droit à l'université hébraïque de Jérusalem, Benjamin Netanyahu se retrouvera en «conflit d'intérêt» car il est à la fois «chef du gouvernement et donc responsable d'un nombre important de décisions» et "accusé en lutte contre les institutions gouvernementales qui le poursuivent».

Il serait donc dans la position de diriger un gouvernement mais aussi de l'affaiblir, d'où la question pour la population de savoir si ses décisions seront prises dans l'intérêt du pays ou dans le sien, relève M. Shany.

A l'avenir, les trois juges du tribunal de Jérusalem choisis par la Cour suprême pour cette affaire pourront demander au Premier ministre d'assister à différentes audiences.

Le principal intéressé pourrait aussi, à tout moment d'ici le verdict, «négocier une peine» avec le procureur comme l'y autorise le droit israélien.