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Ouvrir les yeux

Avant que les tranchées poursuivent leur sillon à travers toute l’Europe, il est urgent d’ouvrir les yeux

Editorial

Ouvrirles yeux

C’est une guerre qu’on préférerait ne pas voir. D’ailleurs, elle tue peu, dérange peu, mobilise peu. Pourquoi s’en soucier? A l’est de l’Ukraine, il ne se passe pourtant pas un seul jour sans que l’on échange des coups de feu, sans que le décompte des victimes poursuive son œuvre: 6500 morts à ce jour.

En 2015, à l’est du continent, on creuse des tranchées sur des centaines de kilomètres. Pour mieux séparer les pro-européens des pro-russes. Pour mieux se protéger de Poutine, ajoute Kiev. Cette guerre qu’on refuse de nommer a jeté sur les routes des centaines de milliers de personnes et provoqué une crise humanitaire aiguë. Qui s’en préoccupe?

Loin d’être réglé, le conflit ukrainien poursuit son lent travail de pourrissement, savamment entretenu par Moscou. Le déni européen est d’autant plus inquiétant que ce bras de fer pourrait à tout moment dégénérer en un affrontement général avec son plus puissant voisin. La guerre du Donbass s’inscrit sur une ligne de fracture qui menace non seulement de faire sombrer l’Ukraine, mais de déstabiliser tout le continent.

Il ne s’agit pas d’ukrainophones et de russophones qui s’entre-déchirent. Mais d’un choc entre deux conceptions de l’organisation politique et économique du continent. Or les principaux acteurs de ce drame, Moscou et Bruxelles, s’éloignent inexorablement. Avec une Russie crispée dans son repli nationaliste et une Europe paralysée par les défis de son intégration, l’Ukraine est délaissée, au bord du gouffre.

A défaut de volonté politique pour renouer le dialogue, l’UE et la Russie cèdent à la tentation de gérer leurs différends à coups de règlements de comptes économiques, de gesticulations militaires. Lundi, l’UE a prolongé ses sanctions contre la Russie, et l’OTAN annonçait le doublement de ses forces de réaction rapide postées dans l’est du continent. Plus tôt, Moscou avait dégoupillé l’arme du chantage nucléaire. Comment sortir de cette spirale dont les premières victimes sont les Ukrainiens?

Soyons clairs, il n’est pas question de renvoyer dos à dos les acteurs de cette crise. Moscou est le principal fauteur de troubles. Mais, avant que les tranchées poursuivent leur sillon à travers toute l’Europe, il est urgent d’ouvrir les yeux.

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