Hamid Karzai a un profil de premier ministre ad interim des plus prometteur. Il est à la fois pachtoun, modéré, occidentalisé et jouit du soutien du roi Zaher. Pour le Front uni (Alliance du Nord), il n'est pas un inconnu: il a été entre 1992 et 1994, vice-ministre des Affaires étrangères du gouvernement Rabbani. Il est aussi un chef de guerre engagé sur le terrain dans l'assaut contre Kandahar et jouit du soutien des Occidentaux. A l'ouverture des pourparlers de Bonn, mardi dernier, l'ONU a organisé une liaison téléphonique pour qu'il puisse s'adresser aux délégués.

La notoriété de sa famille est susceptible de lui conférer une stature de notable auprès de l'ensemble des Afghans. C'est en effet un de ses ancêtres qui, en 1947, conquiert la ville de Kandahar et devient le premier roi d'Afghanistan. Depuis l'assassinat de son père, il y a deux ans, Hamid Karzai est devenu khan de la tribu des Popalzai, un clan qui fait partie de la confédération tribale des Durrani auxquels appartient également Zaher Shah.

L'homme est aussi connu en Occident où il a été l'un des promoteurs de l'idée d'organiser une Loya Jirga, une grande assemblée traditionnelle afghane, pour tenter de réconcilier les ennemis d'hier et restaurer le pays. Malgré son opposition féroce aux talibans, Hamid Karzai a commencé par faire confiance à ces jeunes étudiants des madrasas coraniques de Quetta qui souhaitaient rétablir l'ordre et la justice à Kandahar au début des années 90. Leur affiliation trop évidente au Pakistan l'a par la suite convaincu de cesser tout soutien aux moines soldats.