La télévision, sur une chaîne pro-révolution, montre une conférence de presse de Kofi Annan sur les violences en Syrie. Mais dans la grande pièce réservée aux hôtes, personne n’y prête attention. La famille de Fadi et ses hôtes, venus en voisins pour boire le thé et discuter des nouvelles du jour, préfèrent les images des dernières manifestations et celles des combats. Les habitants d’Akko attendent de la communauté internationale autre chose que les propositions de Kofi Annan.

Situées entre la ville d’Idlib et la frontière turque, les montagnes du Djebel Akrad abritent une quinzaine de villages, à majorité sunnite, tous mobilisés contre le régime de Bachar el-Assad. Forte du soutien de la population, l’Armée syrienne libre (ASL) a fait de la région l’un de ses sanctuaires. Mais depuis avril, l’armée syrienne a fait quatre incursions dans le Djebel. «Des colonnes d’engins blindés ont débarqué dans les villages et, à deux reprises, des hélicoptères ont mitraillé les maisons», explique Fadi en montrant les décombres d’une maison écroulée. «Où est la communauté internationale lorsque nos frères se font torturer, nos maisons bombarder, nos enfants tuer? Elle est muette», ajoute-t-il. Depuis la mise en œuvre du plan de paix de Kofi Annan, la répression n’a pas diminué ici, au contraire.

Les observateurs de l’ONU ne sont pas venus dans ces villages insurgés. Et face à l’armée de Bachar el-Assad, les villageois se sentent démunis et seuls. Ils n’ont pas eu vent des condamnations que la répression menée par les forces sécuritaires syriennes a suscitées. L’amertume domine. Elle a suivi la colère. Les mots sont durs contre la Chine et la Russie, mais le Conseil national syrien (CNS) et l’ONU en prennent aussi pour leur grade, tous accusés de complaisance à l’égard de Bachar.

En Turquie, où la moitié des 15 000 habitants du Djebel a fui, le son de cloche est le même parmi les exilés syriens. A Reyhanli, dans l’un des camps de réfugiés, des tombes ont été symboliquement érigées: pour la Chine, pour la Russie, pour la Ligue arabe et pour Kofi Annan. Même si les occupants du camp n’aiment pas montrer cette dernière, pour ne pas froisser les susceptibilités occidentales.

Dieu et des armes

Après son sermon du vendredi, le cheikh a rejoint le salon chez Fadi. Lui aussi soutient la cause des rebelles: «Le monde entier nous a abandonnés, mais nous ne sommes pas seuls, nous avons Dieu, lui seul nous donnera la victoire.» Tous acquiescent, «inch’ Allah» (si Dieu le veut). Abu Ramadan, le plus haut gradé de l’ASL dans le Djebel, se montre plus pragmatique: «On ne pourra gagner sans un appui militaire de la communauté internationale. Nous voulons qu’elle intervienne, militairement. Il faut qu’elle mette en place une zone d’exclusion aérienne et qu’elle bombarde les positions de l’armée régulière. Ou au moins qu’elle nous fasse parvenir des armes.»

La conversation s’échauffe et chacun y va de son couplet sur le cynisme des diplomates: «En Libye, il y avait du pétrole et c’est pour ça que l’OTAN est intervenue. Contre la Syrie, le monde a imposé des sanctions économiques. Elles nous étranglent mais n’ont pas eu d’effet sur la répression.» Personne dans la pièce ne mentionne la paix. «C’est trop tard», explique Fadi. Dans son dos, deux adolescents jouent avec les kalachnikovs laissées contre le mur par leurs aînés: «La victoire viendra du ciel, par les bombes qui feront tomber le régime.»