Un nouveau coup de théâtre secoue l'Irlande du Nord. Après près de trois mois d'intenses négociations, les derniers efforts de paix des gouvernements britannique et irlandais ont échoué. Plus de quinze mois après la conclusion de l'accord censé mettre fin à plus de trente ans de violence, la crise dans le processus de paix s'est aggravée. Le transfert des pouvoirs de Londres à Belfast, prévu pour dimanche et déjà retardé de cinq mois, paraît plus incertain que jamais. Le vice-premier ministre nationaliste modéré a également claqué la porte dans un geste qui ne fait que creuser le vide politique. Apprécié par les deux camps pour son sens de la modération, Seamus Mallon a annoncé sa démission et a accusé son collègue David Trimble, le premier ministre unioniste, d'être à l'origine de ce fiasco.

Farce et désillusion

Les événements se sont déroulés jeudi en l'espace de trois heures. Les partis ont à nouveau démontré leur incapacité à former un gouvernement aux pouvoirs partagés. Les députés du principal parti protestant pro-britannique ont refusé de participer à la formation du gouvernement local et ont boycotté la session de l'assemblée, précipitant le gel du processus de paix.

Le premier ministre et dirigeant du Parti unioniste d'Ulster a précisé que ses alliés refusaient de siéger avec des ministres du parti pro-irlandais Sinn Féin. Et ce tant que l'Armée républicaine irlandaise (IRA), soit l'aile armée de ce parti, n'aura pas commencé à rendre ses armes.

Ces dernières semaines, le premier ministre britannique avait pourtant tout fait pour apaiser les unionistes. Il a introduit une législation spéciale, garantissant que le Sinn Féin serait exclu du gouvernement si l'IRA refusait de détruire son arsenal en respectant un calendrier établi par le président de la Commission internationale du désarmement. Selon les termes de l'accord de paix qui restent somme toute flous sur la question, les partis politiques se sont engagés à «utiliser toute leur influence» afin de convaincre leurs branches armées respectives de désarmer avant le mois de mai de l'an 2000.

Les membres de l'assemblée auront donc procédé à la nomination de ministres nationalistes pro-irlandais dans une atmosphère surréaliste. Quelques minutes plus tard, Mo Mowlam, secrétaire britannique en charge de l'Irlande du Nord, annonçait la suspension du cabinet ministériel vu qu'il n'était pas représentatif des deux communautés. Elle a précisé que l'application de l'accord de paix serait étudiée et que Tony Blair allait rencontrer son homologue irlandais, Bertie Ahern, la semaine prochaine afin de discuter de la question.

La population, au sein des deux communautés, a regardé les événements politiques s'enchaîner avec un clair sentiment de dégoût. C'est que la session de l'assemblée avait tout d'une farce. Le président de l'assemblée s'est adressé aux chaises vides des représentants du Parti unioniste d'Ulster afin d'appeler la formation à citer le nom de ses ministres. Dans un ton serein et dans l'hilarité générale, il a déclaré qu'il accordait cinq minutes à un chef de parti qui se trouvait dans ses bureaux à 5 kilomètres de là afin de nommer ses membres. Il a même été jusqu'à demander à l'huissier de minuter le temps accordé à un David Trimble virtuel pour désigner des ministres tout aussi absents.

Mais, au-delà de la farce, un sentiment de désillusion face au processus de paix s'est emparé de la population. Pour la communauté unioniste pro-britannique, le refus de l'IRA de désarmer renforce le sentiment que le mouvement républicain n'est pas prêt à renoncer à la violence. Pour les nationalistes pro-irlandais, le refus des unionistes de former un gouvernement aux pouvoirs partagés tend à démontrer que leurs ennemis d'antan n'ont pas changé et que les unionistes refusent toujours de reconnaître les droits des catholiques.