Ziad Abou Amr est un des hommes clés du nouveau gouvernement palestinien d'union nationale, qu'il a contribué à former. Cet intellectuel à la carrure de lutteur est devenu ministre des Affaires étrangères après l'accord de La Mecque qui a mis fin aux affrontements entre le Hamas et le Fatah. Politiquement indépendant, Ziad Abou Amr occupe une position unique entre les deux familles palestiniennes. Diplômé de la Georgetown University de Washington, il a consacré l'essentiel de ses travaux à l'étude des mouvements islamistes au sein de son peuple. Son ouvrage le plus connu s'intitule d'ailleurs Islamic Fundamentalism in the West Bank and Gaza: Muslim Brotherhood and Islamic Jihad.

Le ministre, qui accompagnait Mahmoud Abbas dans sa tournée européenne, a inauguré avec le président de l'Autorité palestinienne l'exposition archéologique sur Gaza au Musée d'art et d'histoire (lire en page 3) et rencontré avec lui la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey. Il a aussi répondu à nos questions.

Le Temps. Avant d'être ministre des Affaires étrangères, vous avez dirigé la culture et vous vous êtes passionné pour cette initiative autour des trésors archéologiques de Gaza...

Ziad Abou Amr: Oui, et l'exposition de Genève me comble de bonheur. Pour moi, c'est la matérialisation d'un rêve. Et dans la position d'enfermement où nous nous trouvons, c'est aussi une porte qui nous est ouverte sur le monde.

- L'intérêt de la Suisse pour le Proche-Orient déchiré ne se limite pas à l'archéologie. Vous avez rencontré Micheline Calmy-Rey.

- De manière formelle et informelle, officielle ou non, la diplomatie suisse joue dans notre région un rôle que nous apprécions énormément. Son engagement direct est remarquable, puisqu'elle a même désigné un délégué spécial pour le processus de paix, et qu'elle a aidé les parties palestiniennes à se rassembler dans le gouvernement d'union.

- En conduisant par exemple des discussions à Damas avec la direction politique du Hamas?

- Tous les efforts qui encouragent les échanges et le dialogue sont les bienvenus. Et en particulier ceux qui cherchent à promouvoir un début d'entente mutuelle entre Palestiniens et Israéliens. Nous ne pouvons que souhaiter leur développement, surtout venant de la Suisse, en raison de sa crédibilité.

- Que reste-t-il pour vous de l'Initiative de Genève, que la diplomatie suisse a aussi soutenue?

- Elle émanait de la société civile. Le gouvernement palestinien, lui est lié par l'initiative de paix des pays arabes, et par ce qu'on appelle encore la «feuille de route». Les autres efforts sont importants, mais ce ne sont pas les nôtres.

- Pour l'heure, au Proche-Orient, c'est plutôt la reprise de la violence qui inquiète. La trêve respectée par le Hamas pourrait prendre fin...

- La menace du Hamas est une réaction à l'assassinat de neuf Palestiniens en Cisjordanie. Si Israël met fin à ses actions armées, il n'y en aura plus de notre côté. Et pour nous, il ne peut y avoir de distinction entre Gaza et la Cisjordanie: si la trêve est violée dans l'une des deux parties des Territoires, elle est violée partout. Si les choses s'aggravent, nous n'en porterons pas la responsabilité.

- Votre gouvernement d'union est-il en place pour durer?

- C'est le résultat d'un choix qu'ont fait les Palestiniens. C'est un partenariat sérieux. Et c'est la meilleure réponse à la violence sous toutes ses formes. Mais si cette expérience échouait, ce serait aussi dangereux pour Israël que pour nous. Or, la continuation du blocus, du siège qu'on nous impose et qui fait vivre une grande partie des Palestiniens au-dessous du niveau de pauvreté, est la plus sérieuse menace sur le gouvernement d'union. Si l'Occident persévère à nous couper les vivres, la survie du gouvernement sera impossible, politiquement, économiquement.

La normalisation est désormais urgente. Nous avons rempli notre part du contrat, en acceptant les conditions qui nous étaient posées. La Suisse l'a d'ailleurs compris: elle appuie notre gouvernement, et nous l'apprécions.

- Mais les Etats-Unis et Israël estiment que les conditions - reconnaissance d'Israël - ne sont pas remplies de votre côté.

- C'est faux, et leur attitude est dommageable. En admettant les accords passés, le gouvernement d'union a accepté la solution de deux Etats, la reconnaissance mutuelle, la renonciation à la violence et la voie de la négociation. Des choses doivent sans doute être précisées, des différences doivent être aplanies. Mais les Israéliens et les Américains ne font rien pour avancer dans cette voie. Ils font mine d'ignorer les changements qui sont intervenus. Le gouvernement n'est plus le pouvoir du Hamas. Une dizaine d'organisations sont représentées, et des postes clés sont détenus par des ministres indépendants. Nous avons fait notre partie du chemin.