«Les Etats-Unis pourraient suspendre leur aide au Pakistan si le gouvernement n'intensifie pas ses efforts dans la lutte contre le terrorisme», a affirmé Dick Cheney, le 26 février dernier, lors d'une visite surprise à Islamabad. Le président pakistanais s'est fait rappeler à l'ordre sans détour par le gouvernement américain. Régulièrement accusé de mener un double jeu et de déstabiliser la région, le Pakistan est une fois de plus montré du doigt et sommé de prouver qu'il n'est pas le berceau du terrorisme international.

Près de 1000 postes de contrôle à la frontière

Selon John Negroponte, nouveau coordinateur du renseignement américain: «Al-Qaida a recomposé ses bases au Pakistan, principalement dans les zones tribales, le long de la frontière avec l'Afghanistan. Le groupe a reconstruit des camps d'entraînement et, surtout, il a reconstitué ses soutiens financiers.» Le gouvernement pakistanais tente de se défendre en présentant un bilan qu'il voudrait convaincant. Le Sud et le Nord-Waziristan, deux des sept zones tribales, sont la vitrine de son action militaire. «Nous avons mobilisé 80000 hommes sur les 1000 postes de contrôle établis le long de la frontière afghane. Depuis fin 2003, nous déplorons plus de 700 victimes et de très nombreux blessés. De leur côté, les Afghans n'ont mis en place que 200 postes de contrôle. Et pourtant, c'est nous qui subissons les critiques», s'étonne le général Azhar Ali Shah, responsable, avec ses 28000 soldats, de la zone tribale du Nord-Waziristan.

Cette mobilisation massive n'a cependant pas suffi à restaurer la crédibilité du gouvernement pakistanais. En 2002, lorsque le président Pervez Musharraf s'était engagé à débarrasser la société pakistanaise du fondamentalisme, il avait été vivement applaudi par l'ensemble de la communauté internationale. Mais il semble que la politique menée par Islamabad n'ait pas fait ses preuves. Les mesures annoncées en 2005 qui visaient à contrôler les madrasas et leurs financements n'ont pas été suivies d'effets. Plusieurs groupes pakistanais ont bien été interdits mais, en dépit de la loi antiterroriste en vigueur, leurs leaders n'ont pas été poursuivis en justice. Un dirigeant extrémiste, fort de plus de 20 chefs d'accusation à son actif, a même été autorisé à se présenter aux élections législatives et à occuper un siège au parlement. D'autres organisations interdites ont pu continuer d'exister sous de nouvelles identités. Le Lashkar-e-Taïba, présumé responsable des derniers attentats en Inde et interdit par les autorités pakistanaises, continue d'officier sous sa nouvelle appellation, le Jamaat-ud-Dawa. Notamment dans les zones du séisme. «Ils ont monté des camps pour les sinistrés du tremblement de terre, ont ouvert des hôpitaux et reconstruit des écoles et des mosquées. Ils ont été d'une efficacité redoutable. Ce qui leur a permis de redorer leur image et certainement de gagner des gens à leur cause», indiquait inquiet, en avril 2006, le responsable du bureau de la Commission pakistanaise des droits de l'homme à Mansehra, une ville proche de l'épicentre du séisme.

Un Etat taliban au Pakistan

Si le front afghan est montré du doigt, il ne faut pas oublier le problème du Cachemire, objet de deux guerres entre l'Inde et le Pakistan. Un fragile processus de paix a été mis en place entre les deux pays depuis janvier 2004, mais le dialogue reste limité, et les négociations avancent très lentement.

Contesté sur le plan international, le gouvernement du président Musharraf est également attaqué sur sa politique intérieure. Constituée de six groupes religieux, l'opposition islamiste, première force de l'opposition au parlement, tient depuis 2002 les deux provinces frontalières avec l'Afghanistan (le NWFP et le Baloutchistan). Deux régions qui font l'objet de toutes les attentions: les zones tribales constituent l'un des foyers de recrutement des combattants du djihad. Certains experts internationaux vont même jusqu'à parler d'un «Etat taliban» au sein du Pakistan. L'arrivée prochaine de quelques milliers de soldats supplémentaires au sein des forces de l'OTAN en Afghanistan témoigne d'une inquiétude croissante vis-à-vis du Pakistan: ces forces devraient essentiellement être massées sur la frontière. Les puissants services de renseignement pakistanais, l'ISI, sont également régulièrement mis en cause. En raison de leur soutien historique aux mouvements islamistes, mais aussi à cause des récentes déclarations de l'ancien porte-parole des talibans. Arrêté au mois de janvier dernier au moment où il traversait la frontière, il a affirmé que le mollah Omar se cachait à Quetta sous la protection de l'ISI. Les récents attentats à Islamabad, Peshawar ou Quetta rappellent que le pays n'est pas, lui non plus, à l'abri de la violence qui touche son voisin afghan.