Le parlement pakistanais a repris vie samedi après trois ans de dictature. Le général Pervez Musharraf et les nouveaux députés ont prêté serment au cours de cérémonies séparées qui en disent long sur les incertitudes à venir. Pendant que Pervez Musharraf devenait président pour cinq ans sous une Constitution de 1973 révisée à son goût, des députés refusaient de prêter serment sans être assurés que cela ne les engageait en rien envers ces mêmes révisions.

Une entrée en matière pas très glorieuse pour le dictateur qui promet régulièrement un retour a la démocratie depuis son coup d'Etat tranquille d'octobre 1999. Cette démocratie, il la voyait délivrée de la corruption, efficace, forte. Mais son utopie s'est heurtée à la réalité et à une baisse de popularité. Le général a finalement choisi de plier la démocratie à sa vision, et ne s'est privé d'aucune illégalité pour se maintenir au pouvoir, entre référendum largement contesté, révisions de la Constitution et élections faussées.

Diviser pour mieux régner, telle semblait être la stratégie. Mais difficile de tout contrôler au jeu démocratique. En favorisant subrepticement les partis religieux, le président Musharraf ne s'attendait sans doute pas à voir entrer au parlement 59 députés hostiles à la pérennité de la tutelle de l'armée. Le parti qui a sa préférence, le PLM-Q, surnommé «le parti du roi», est loin, avec 103 députés, des 172 requis pour former une majorité. Et, malgré les obstacles, le PPP de l'ancien premier ministre aujourd'hui en exil Benazir Bhutto a pu faire élire 80 députés. Une véritable quadrature du cercle, puisque les trois partis principaux ont des idéologies ou des agendas inconciliables. Dans ce trio infernal, le MMA, le conglomérat de six partis religieux, a émergé en arbitre, au plus grand effroi de la communauté internationale. Son candidat au poste de premier ministre Maulana Fazlur Rehman n'appelait-il pas il y a un an à un djihad contre George Bush? Et même s'il se montre aujourd'hui plus conciliant, son soutien aux talibans et à Oussama Ben Laden, dans un pays ou l'ennemi numéro un se cache peut-être, le rend intolérable aux yeux des Américains.

Après quatre semaines de tractations, la défection de députés vers le PLM-Q a commencé, et elle pourrait offrir une porte de sortie. Mais, devant ce parlement indécis et instable, les analystes craignent que la tentation d'intervenir, tôt ou tard, ne soit grande pour une armée qui a dirigé le pays pendant plus de la moitié de son existence.