«Nous allons rappeler notre ambassadeur à Delhi et renvoyer le leur», a affirmé le ministre des Affaires étrangères Shah Mehmood Qureshi à la télévision pakistanaise ARY news. Le gouvernement a également annoncé dans un communiqué qu’il abaissait le niveau des relations diplomatiques avec l’Inde et suspendait le commerce bilatéral. Ces décisions ont été annoncées après une nouvelle réunion du comité de sécurité nationale, à laquelle ont participé les principaux ministres et généraux pakistanais.

Une décision «illégale»

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Le gouvernement indien a annoncé lundi la révocation de l’autonomie constitutionnelle du Cachemire, une décision explosive qui vise à placer sous une tutelle plus directe de New Delhi cette région rebelle revendiquée par le Pakistan.

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L’Etat du Jammu-et-Cachemire (nord) bénéficiait jusqu’alors d’un statut spécial garanti par la Constitution indienne. Il permettait à cette région de légiférer sur tous les sujets à l’exception de la défense, des Affaires étrangères et des communications. Le Pakistan, qui revendique le Jammu-et-Cachemire depuis la partition avec l’Inde en 1947, au terme de la colonisation britannique, avait qualifié lundi cette décision d'«illégale».

Mort d’un manifestant

Le premier pakistanais Imran Khan avait annoncé mardi qu’il porterait la question devant les instances internationales. La décision pourrait exacerber la rébellion sanglante au Cachemire indien, qui a coûté la vie à plus de 70’000 personnes, principalement des civils, depuis 1989.

En prévision de possibles troubles, les autorités indiennes avaient déployé ces dix derniers jours plus de 80’000 paramilitaires supplémentaires dans cette zone déjà hautement militarisée.

La région himalayenne est sous une chape de plomb depuis dimanche soir et totalement coupée du monde, tous les moyens de communication étant bloqués. Un manifestant est mort après avoir été pourchassé par la police au Cachemire indien, a annoncé mercredi une source policière locale.

«Une décision risquée»

Pour Ankit Panda, un analyste géopolitique installé à New York, le Cachemire est au «cœur» des intérêts de l’armée pakistanaise, qui domine la politique étrangère et sécuritaire du pays. New Delhi accuse de longue date son voisin de soutenir en sous-main les groupes armés au Cachemire, ce que le Pakistan dément.

«Nous pourrions voir le Pakistan accentuer ses tentatives d’aggraver les tensions […] ou le Pakistan augmenter son recours aux groupes non-étatiques pour attaquer les troupes paramilitaires indiennes au Cachemire», selon M. Panda. «Si l’armée pakistanaise décide de réagir de cette façon», juge-t-il, «la situation va commencer à devenir très dangereuse».

Les deux puissances nucléaires d’Asie du Sud se sont déjà livrées deux guerres au sujet du Cachemire (1947-1949 et 1965). En février, leurs relations ont connu une nouvelle poussée de tensions après un attentat suicide contre un convoi paramilitaire indien, qui a fait environ 40 morts.

D’après Sadanand Dhume, analyste au American Enterprise Institute de Washington, il est trop tôt pour savoir si la manoeuvre de Narendra Modi sera vue comme «une décision sage ou une faute historique». «Mais deux choses sont claires: l’Inde a ignoré le sentiment des Cachemiris, et a pris une décision risquée aux conséquences presque inimaginables.»