La frontière pakistano-afghane est poreuse. On y passe toutes sortes de marchandises plus ou moins licites, des talibans s'engouffrent régulièrement dans les plis de ses montagnes pourpres, des réfugiés tentent de trouver un ailleurs meilleur de l'autre côté. Pendant longtemps, des milliers d'Afghans, fuyant leurs guerres, ont empli les camps du pays voisin. Depuis le mois d'août, ce sont des Pakistanais qui cherchent asile en Afghanistan.

La zone tribale de Bajaur, dans le nord du Pakistan, est en effet la cible d'une offensive des troupes d'Islamabad destinée à écraser les combattants islamistes. Les pilonnages à répétition de ces deux derniers mois auraient éliminé quelque 1000 talibans ou nervis d'Al-Qaida. Ils ont également tué de nombreux civils et jeté sur les routes plusieurs dizaines de milliers de réfugiés. Près de 20000 seraient aujourd'hui en Afghanistan, essentiellement des femmes et des enfants; les hommes sont restés sur place pour protéger les maisons et cultiver la terre.

Distribution de produits de base

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) évoque 2600 familles, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) parle de 4000. «Il est très difficile d'avoir des chiffres précis, admet Nader Farhad, porte-parole du HCR en Afghanistan. Nous n'avons pas directement accès à ces gens, à cause de l'insécurité qui règne des deux côtés de la frontière. Nous nous en remettons donc aux autorités de Kaboul, pour les statistiques comme pour l'acheminement de l'aide.»

Les besoins sont énormes. «La plupart de ces réfugiés vivent dans des familles d'accueil qui appartiennent aux mêmes tribus qu'eux, note Carla Haddad, chargée de communication au CICR. Ils sont cependant une charge pour ces hôtes, sont logés dans des habitations précaires, manquent d'eau et de matériel sanitaire. La question de l'hygiène est préoccupante.»

Abris, couvertures, vivres, savons, ustensiles de cuisine et autres équipements ont été distribués par le CICR, les Nations unies, le Croissant-Rouge et d'autres ONG. Des cliniques mobiles ont été mises sur pied pour faire face à l'afflux de blessés et aux maladies du quotidien.

La poursuite des combats dans la zone tribale de Bajaur fait craindre de nouvelles arrivées. Le gouvernement pakistanais avait promis un cessez-le-feu pendant la période du ramadan - le jeûne musulman -, il n'en a rien été. «Les combats entre le gouvernement et l'opposition armée ont continué dans la zone tribale de Bajaur sans arrêt pendant la période du jeûne. Le CICR est préoccupé par la venue de nouveaux déplacés dans le district de Dir, au nord du Pakistan», énonce Carla Haddad.

Crainte de famine dans le nord afghan

Le Comité international de la Croix-Rouge, en outre, œuvre dans le nord de l'Afghanistan afin d'éviter le déplacement d'un autre groupe de personnes. Quelque 200000 Afghans sont en effet menacés de famine en raison d'une sécheresse qui a anéanti les récoltes, de la montée des prix dans la région et d'une insécurité galopante. «Si on ne leur fait pas parvenir rapidement des vivres, ils seront obligés de partir de chez eux alors que le froid arrive», déplore Carla Haddad. En collaboration avec le Croissant-Rouge afghan, le CICR s'apprête à distribuer 5000 tonnes de nourriture dans les provinces du nord du pays. De quoi, normalement, passer l'hiver.