Les membres de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) ont voté pour que la Palestine soit des leurs, à part entière, par 107 voix pour, 14 contre et 52 abstentions. Le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Riyad al-Malki, a remercié l’assemblée et qualifié le vote de «moment historique qui rend à la Palestine certains de ses droits». Pour la première fois, les Palestiniens gagnent la reconnaissance internationale d’une agence onusienne. Ce plébiscite est une victoire diplomatique aussi bien qu’une étape dans la quête d’un siège à l’ONU.

Mahmoud Abbas a présenté le 23 septembre dernier une demande d’adhésion aux Nations unies, mais celle-ci n’a que peu de chances d’aboutir, les Etats-Unis ayant prévenu qu’en cas de vote au Conseil de sécurité ils y opposeraient leur veto. En revanche, la candidature devant l’Unesco ne nécessitait pas l’aval du Conseil de sécurité ni l’agrément des Etats-Unis. La Palestine jouissait déjà du statut d’observateur et, grâce au vote, elle devient le 195e membre de l’Unesco.

Conformément à leurs menaces, les Etats-Unis ont annoncé lundi qu’ils ne verseraient par la tranche de 60 millions de dollars qu’ils s’apprêtaient à verser à l’institution. Avec 22% du budget total, Washington fournit de loin la plus grande contribution. Mais une loi américaine interdit le financement de toute agence onusienne qui reconnaîtrait la Palestine avant la conclusion d’un accord de paix. En 1984, les Etats-Unis ont coupé les ponts avec l’Unesco dont ils critiquaient l’idéologie supposément altermondialiste. Ils décident en 2003 de financer à nouveau une institution dont ils apprécient les programmes en faveur des femmes et de l’instruction. De son côté, l’ambassadeur d’Israël à l’Unesco, Nim­rod Barkan, a annoncé que son pays annulait aussi tout soutien financier. En tout, le budget de l’Unesco serait amputé d’un quart de ses montants.

La Suisse s’abstient

La directrice de l’Unesco, Irina Bokova, a évoqué la possibilité que les programmes soient réduits en raison des représailles pécuniaires. Après le vote de lundi, le chef de l’ONU, Ban Ki-moon a lancé un appel pour que les financements de l’Unesco soient préservés.

Après avoir prévenu que le siège de l’Unesco n’était pas le lieu d’une reconnaissance politique, la France a finalement voté en faveur de l’adhésion de la Palestine. Contrairement à l’Allemagne qui a voté contre. L’Italie, la Grande-Bretagne et la Suisse se sont abstenues. Dans un communiqué de presse, Rodolphe Imhoof, l’ambassadeur de Suisse à l’Unesco, justifie sa décision de s’abstenir: «Le débat n’a pas à être mené dans le cadre d’une organisation à vocation­ technique comme l’Unesco. Il appartient davantage aux organes politiques de l’Organisation des Nations unies de considérer la question.»

Andrea Bianchi, professeur de droit international à Genève, voit dans ce vote un signal politique: «Le fait qu’une agence de l’ONU accepte la Palestine en son sein n’apporte en aucun cas de changement en matière juridique. Il ne s’agit que d’une prise de position politique.»

Le vote à l’Unesco aura d’autres répercussions, il devrait permettre aux Palestiniens de déposer des dossiers pour obtenir le classement de sites au Patrimoine universel. Une vingtaine de sites sont pressentis dont plusieurs sont au cœur de polémiques avec Israël. Le premier dossier concerne l’église de la Nativité à Bethléem, les Palestiniens voudraient en faire le premier site palestinien au Patrimoine de l’humanité.