A cinq jours de la 66e session de l’Assemblée générale des Nations unies, Mahmoud Abbas a confirmé vendredi qu’il demandera au Conseil de sécurité l’admission de la Palestine en tant que membre à part entière. «Comme tous les peuples du monde, nous voulons jouir de notre indépendance dans les frontières de 1967 avec Jérusalem pour capitale, a-t-il dit. Nous ne nous rendons pas à l’ONU pour enlever sa légitimité à Israël mais bien à l’occupation, qui est un cauchemar quotidien pour nous.»

«Au nom d’Allah»

Pour marquer la solennité du moment, le président de l’Autorité palestinienne (AP) a prononcé son discours «au nom d’Allah le clément, le miséricordieux». Face à lui, les membres du comité exécutif de l’OLP, de nombreux représentants de la société civile et les autorités religieuses. «Depuis deux ans, nous avons construit nos institutions en attendant de pouvoir effectuer cette démarche. Les institutions internationales comme la Banque mondiale confirment que nous avons obtenu de bons résultats», a-t-il poursuivi.

Le raïs a appelé les Palestiniens à «se montrer réalistes» et «à ne pas croire que l’occupation ne prendra pas fin». Accusant Israël d’avoir fait échouer le processus de paix, il a affirmé que «deux tiers des Etats du monde reconnaissent déjà notre droit à l’indépendance». Et d’ajouter: «Notre Etat sera démocratique. Il assurera les libertés collectives et les droits de l’homme et de la femme.»

Chaudement applaudi, Mahmoud Abbas a également exhorté ses auditeurs à éviter toute violence. «Les Israéliens disent que je n’emploie jamais le mot paix alors que je ne parle que de cela […]. Ne leur donnez pas d’excuses, ne tombez pas dans la provocation.»

Les commentateurs palestiniens et israéliens estiment que la lettre qu’adressera l’AP au Conseil de sécurité sera purement symbolique et que Ramallah ne s’attend pas vraiment à une reconnaissance pleine et entière. «Il vise haut en sachant bien qu’en fin de compte sa demande n’aboutira pas», explique le chroniqueur Avi Issaharof. La demande de reconnaissance en tant qu’Etat membre est quasiment assurée de rencontrer un veto américain. Restera alors l’option d’un vote à l’Assemblée générale pour obtenir le statut d’Etat non membre observateur. «Ce qui signifie que la vraie indépendance palestinienne n’est pas encore à l’ordre du jour, ajoute Avi Issaharof. Au mieux, si la Palestine est admise au terme d’un vote de l’Assemblée, elle bénéficiera d’un upgrading.» Mais cela prendra du temps. Des négociations menées notamment par la haute représentante européenne Catherine Ashton et par le représentant permanent du Quartette Tony Blair sont d’ailleurs en cours avec l’Etat hébreu afin que ce dernier accepte ce compromis.

En Israël, la campagne que mène une série de députés et d’organisations nationalistes en vue de l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie a en tout cas été dopée par le discours de Mahmoud Abbas. Selon un sondage publié vendredi, 62% des ressortissants de l’Etat hébreu se déclarent favorables à cette solution.