1915-1917: le temps des promesses contradictoires

Les promesses contradictoires de la Grande-Bretagne lors de la Première Guerre mondiale sont le creuset du choc à venir entre les communautés juives et arabes de Palestine. En 1915, la Grande-Bretagne promet au chérif de La Mecque l’indépendance des terres arabes sous contrôle ottoman en échange de leur révolte contre leur suzerain ottoman, lequel s’est rangé du côté de l’Allemagne. Dans l’optique des Arabes, il n’y a aucun doute: la Palestine fait partie de leur futur royaume. Mais en 1917, le ministre britannique des Affaires étrangères, Arthur Balfour, promet l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. L’objectif de Londres est notamment d’avoir un bastion stable près de la voie d’eau stratégique du canal de Suez.

Pour le mouvement sioniste, la Déclaration Balfour représente une indéniable victoire. Elle donne droit aux aspirations nationales du peuple juif, alors en butte à l’antisémitisme européen. En revanche, les Arabes estiment que la Déclaration Balfour prouve la collusion entre sionisme et impérialisme en spoliant les droits de la communauté arabe qui représente 90% de la population de Palestine. Ironie: la Grande-Bretagne promet un foyer national aux juifs sur une terre qu’elle ne contrôle pas (l’Empire ottoman est encore présent) et dont elle ne recevra le mandat de la SDN qu’en 1922.

1919-1939: la montée des nationalismes juif et palestinien

L’antisémitisme se propage en Europe, déclenchant un essor de l’immigration, qui provoque en retour de nouveaux heurts sanglants en Palestine entre Arabes et Juifs. De la même manière que le sionisme s’est développé en réaction à l’antisémitisme européen, le sentiment national palestinien se forge contre le sionisme.

1947-1967: indépendance d’Israël et exode de 750 000 Palestiniens

En 1947, la Grande-Bretagne renonce à son mandat sur la Palestine. Le 29 novembre 1947, alors que le souvenir de l’extermination de millions de juifs par les nazis est encore frais, l’Assemblée générale de l’ONU, par 33 voix contre 13, adopte le plan de partage de la Palestine (résolution 181) entre un Etat juif, un Etat arabe et l’internationalisation de Jérusalem. Ce plan est rejeté par les Etats arabes (et les leaders palestiniens), qui estiment qu’il consacrerait le vol par les sionistes d’une partie des terres. Le 15 mai 1948, la Grande-Bretagne se retire de Palestine, l’Etat d’Israël est proclamé, alors que les armées d’Egypte, de Transjordanie (aujourd’hui, la Jordanie), de Syrie, du Liban et d’Irak se joignent aux combattants arabes de Palestine contre le nouvel Etat, mais Israël s’impose militairement (lire en page 2).

Selon les chiffres de l’ONU, 750 000 Palestiniens quittent le territoire désormais israélien, «chassés de leur terre», disent les Arabes qui nomment cet exode massif la Nakba (la «catastrophe»); «incités au départ par leurs dirigeants», affirment les autorités israéliennes. Cette première guerre arabo-israélienne pose les enjeux des conflits à venir: le statut de Jérusalem, le problème des réfugiés palestiniens et la reconnaissance d’Israël. En 1959, Yasser Arafat crée au Koweït le Fatah, qui deviendra l’épine dorsale de la future Organisation de libération de la Palestine (OLP, 1965). Dans sa charte, l’OLP préconise la destruction de l’entité sioniste, perçue comme un avatar du colonialisme européen.

1967-1987: la guerre change de nature

Lors de la guerre des Six Jours en 1967, Israël inflige une cinglante défaite aux armées arabes et occupe la Cisjordanie, la bande de Gaza, le Sinaï, Jérusalem-Est et les hauteurs du Golan, 300 000 Palestiniens supplémentaires s’enfuient vers la Jordanie. L’Etat hébreu devient la puissance régionale. La question clé est désormais autant le refus arabe de reconnaître Israël que le droit à l’autodétermination palestinien rejeté à l’époque par l’Etat hébreu, lequel implante bientôt ses premières colonies en Cisjordanie. En novembre 1967, l’ONU adopte la résolution 242, qui restera au cœur de toutes les tractations diplomatiques futures et qui prévoit le principe de l’échange de la paix contre les territoires ainsi «qu’un juste règlement du problème des réfugiés». Mais c’est l’impasse. En réaction à l’occupation, des organisations palestiniennes choisissent l’arme du terrorisme, marquée notamment par des détournements d’avions et la sanglante prise d’otages des athlètes israéliens lors des JO de Munich en 1972, qui finit dans un bain de sang.

1987-2011: le passage «du rêve à la réalité»

L’année 1987 marque le début de la Première Intifada. Les Palestiniens se révoltent contre vingt ans d’occupation israélienne. Se crée dans la foulée le mouvement islamique de résistance (Hamas). En 1988, le Congrès national palestinien se réunit pour symboliquement proclamer l’Etat de Palestine, selon le plan de partage de l’ONU de 1947, rejeté à l’époque par le monde arabe. C’est «le tournant d’Alger», où le mouvement palestinien reconnaît implicitement l’Etat d’Israël.

Un mois plus tard, l’Assemblée générale de l’ONU se réunit à Genève et concrétise ce que Yasser Arafat a appelé le passage du «rêve à la réalité»: Israël n’est plus «l’entité sioniste» à détruire. Reste à renoncer à la Charte de l’OLP qui affirme que «la lutte armée est la seule voie pour la libération de la Palestine», ce que fait une année plus tard Yasser Arafat, déclarant que la Charte est «caduque», et ouvrant du coup la voie à des discussions, d’abord secrètes, avec l’Etat d’Israël.

S’ensuivent de multiples négociations ponctuées d’affrontements violents. En 1993, avec le président Clinton en maître de cérémonie, le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, et le président de l’OLP, Yasser Arafat, signent à la Maison-Blanche un accord historique prévoyant le désengagement israélien par étapes de Gaza et de la Cisjordanie. L’espoir d’une paix prochaine renaît. En mai 1994, les forces israéliennes se retirent de Gaza et de Jéricho et en juillet, Yasser Arafat retourne en Palestine, accueilli triomphalement. Mais les négociations israélo-palestiniennes s’enlisent (Taba en 1995, puis Camp David en 2000).

L’assassinat en 1995 du premier ministre Rabin porte un coup sévère au camp de la paix en Israël, et les attentats suicides commis par le Hamas dans plusieurs villes israéliennes l’affaiblissent encore davantage. Dans ce contexte de frustration, la visite du leader de l’opposition israélienne, Ariel Sharon, le 28 septembre 2000 au Mont du Temple pour les juifs/l’Esplanade des mosquées pour les musulmans, à Jérusalem sonne comme une provocation et déclenche la Deuxième Intifada.

En 2002, le prince héritier d’Arabie saoudite propose un plan de paix adopté par la Ligue arabe. Le plan demande le retrait d’Israël sur les frontières de 1949, l’établissement d’un Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale et propose que les réfugiés palestiniens puissent soit avoir droit au retour ou sinon être compensés pour leur perte de propriété. En échange, les Etats arabes s’engagent à mettre une fin au conflit et à normaliser leurs relations avec Israël.

Cette proposition a peu d’effets concrets, toute comme la «feuille de route» de 2003 préparée par Washington, Moscou, l’UE et l’ONU, et elle-même suivie de l’Initiative de Genève, un plan de paix alternatif conduit sous l’impulsion d’Alexis Keller et soutenu par la Suisse. En revanche, les violences se poursuivent. Pour se protéger des attaques suicides, les Israéliens construisent la très controversée «barrière de sécurité» que les Palestiniens nomment «le mur de l’apartheid».

Yasser Arafat, le père du nationalisme palestinien, meurt en 2004. En 2005, Israël se retire unilatéralement de Gaza. En 2006, le Hamas remporte les élections législatives, mais les Etats-Unis et l’Union européenne coupent leur aide, considérant que le Hamas, qui rejette le droit à l’existence d’Israël, est «une organisation terroriste». Afin de mettre fin aux tirs de roquettes sur le sud d’Israël, l’Etat hébreu lance une opération militaire du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009 sur Gaza, jugée disproportionnée par une grande partie de l’opinion publique. En juin 2007, après une brève trêve sous l’égide des Saoudiens, l’éviction du Fatah de Gaza par le Hamas consacre la cassure politique et géographique du camp palestinien, un fait sans précédent dans l’histoire de ce mouvement national.

Il faut attendre mai 2011 pour que cette guerre fratricide soit mise entre parenthèses. Quant aux relations israélo-palestiniennes, elles restent marquées par une profonde méfiance réciproque: les Israéliens redoutent que la création d’un Etat palestinien ne constitue à terme une menace existentielle pour leur sécurité et leur Etat, alors que les Palestiniens redoutent de leur côté que les Israéliens, en dépit d’une rhétorique de façade, n’aient pas renoncé à leur politique de colonisation et de refus du droit à leur autodétermination.

La proclamation attendue ces prochains jours à l’ONU d’un Etat palestinien, aux effets plus symboliques qu’effectifs, n’est qu’une étape de plus dans l’histoire tumultueuse de ces deux peuples.