Les Palestiniens se sentent pousser des ailes après avoir obtenu lundi le statut de membre à part entière de l’Unesco.

Leur ambassadeur auprès des Nations unies à New York, Riyad Mansour, promet que les portes des autres agences onusiennes pourraient s’ouvrir: OMS, OMPI, AIEA, Unicef… Les 16 agences qui dépendent de l’ONU peuvent s’attendre à recevoir prochainement des demandes d’adhésion. Riyad Mansour annonce qu’«un séisme va secouer les Nations unies, l’Unesco n’est qu’un début, nous avons décidé de faire valoir nos droits devant la communauté internationale».

Dans les agences de l’ONU, un vote à la majorité des deux tiers est suffisant pour accorder au candidat son admission. Les chances sont bonnes pour les Palestiniens d’obtenir des succès dans certaines, sinon dans toutes les institutions car, au niveau international, ils bénéficient d’un fort soutien. Ryad Mansour questionne: «Si toutes les agences nous accueillent comment l’assemblée générale pourrait-elle nous refuser un siège?»

«La Palestine défie Washington»

A Genève, Imad Zouhairi, de la mission palestinienne auprès du Palais des Nations, précise que les règlements de chaque institution seront étudiés dans le détail avant que Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne (AP), ne donne son feu vert à l’envoi d’une demande d’adhésion. Marcelo Kohen, professeur de droit international à l’Institut des hautes études internationales et de développement (IUHEI), voit de la cohérence dans la démarche des Palestiniens: «Dès lors qu’ils obtenaient un succès à l’Unesco, ils n’avaient aucune raison de ne pas tenter la même chose auprès des autres agences. Cependant, ils défient ouvertement les États-Unis. J’y vois une manière de dire leur lassitude face à des négociations qui sont dans l’impasse.»

Les Etats-Unis, qui menacent d’un veto toute demande d’adhésion à l’ONU, ont fermement condamné la démarche palestinienne et pris des mesures de rétorsion financière. Beaucoup d’agences onusiennes pourraient se trouver embarrassées sans les financements américains, qui contribuent à une grande partie de leurs budgets. Riyad Mansour se défausse: «Notre démarche n’est pas polémique, nous existons en tant qu’Etat et beaucoup de gouvernements consentent à nous reconnaître en tant que tel. Notre démarche respecte le droit. Si les Etats-Unis et Israël ne peuvent accepter les décisions démocratiques, c’est leur problème.»

Israël riposte

Du côté israélien, Benyamin Netanyahou a réuni mardi les huit «super ministres» du cabinet restreint de la Défense et de la Politique afin de préparer une riposte. Ils veulent empêcher l’AP de remporter de nouvelles victoires auprès des agences onusiennes. L’entourage de Netanyahou et celui de Lieberman affirment qu’Israël va «punir» les responsables de l’AP pour cette forme d’«outrecuidance» qui les pousse à braver les usages de l’Etat hébreu. Résultat, mardi soir, une source officielle annonçait la construction de 2000 logements à Jérusalem-Est et en Cisjordanie et le gel provisoire du transfert des fonds à l’Autorité palestinienne.

Parmi les autres mesures envisagées, l’annulation des «laissez-passer VIP» qui permettent à une série de dirigeants palestiniens de se rendre librement en Israël et de voyager en Cisjordanie sans être contrôlés aux check-points. Hasard ou coïncidence, des réseaux internet ainsi que des sites palestiniens faisaient hier soir l’objet de cyberattaques. Le porte-parole de l’AP, Saeb Erekat, a affirmé à Ramallah que les «menaces israéliennes n’empêcheront pas la Palestine d’aller de l’avant vers son indépendance».