«Je suis ici pour rappeler que le sang de mon fils a coulé sur cette route!» Accompagné de ses six autres enfants, Jamal al-Doura (le père du Mohamed al-Doura tué au début de l'intifada devant une caméra de France 2) a attendu le retrait de Tsahal du carrefour de Netzarim, le noeud routier situé devant la colonie juive du même nom, pour rendre hommage à la mémoire de son enfant devenu le symbole de cette Intifada. «Je n'aurais pas pu le faire avant car c'était trop dur pour moi, et les Israéliens ne m'auraient de toute façon pas laissé passer», lâche-t-il. Maintenant qu'ils sont partis, j'espère qu'ils nous laisseront enfin vivre tranquilles sur notre terre. Inch Allah!»

Conformément aux accords de cessez-le-feu conclus vendredi soir entre l'Etat hébreu et l'Autorité palestinienne (AP), Tsahal s'est retirée des zones de la bande de Gaza qu'elle occupait depuis plusieurs mois sauf des alentours des implantations, qu'elle continue de protéger. L'allégement du bouclage général des Territoires ayant également été annoncé, on pouvait déjà voir, dès 6 h du matin, des centaines d'ouvriers palestiniens faisant la file devant le point de passage d'Erez pour tenter d'obtenir un magnet, la carte électronique leur permettant de trouver un emploi précaire et mal payé dans l'Etat hébreu.

Etendus dans la poussière, certains passaient le temps en fumant et en buvant du thé. D'autres trempaient des morceaux de pain dans du fromage blanc au zaatar, une épice fort appréciée dans la région. Parmi ceux-ci, Nabil, un ancien manœuvre dans un supermarché d'Ashdod qui se déclarait «prêt à tout» pour obtenir ce laissez-passer distribué au compte-gouttes et sur la base de «critères de sécurité définis par le Shabak (la Sûreté générale)». «Est-ce que ça valait la peine de se battre aussi longtemps pour ne finalement rien obtenir? Nous sommes beaucoup à nous poser la question car nous sommes tous fatigués de l'Intifada», poursuivait-il. Des propos conformes à ceux que l'on pouvait aussi bien entendre à Gaza-City que dans les camps de réfugiés voisins ou à Rafah, la ville frontalière jouxtant l'Egypte.

Cinq accrochages

Depuis vingt-quatre heures et malgré la houdna (trêve), cinq accrochages ont été signalés dans les territoires palestiniens. Le plus grave d'entre eux étant l'assassinat par un tireur des Brigades des martyrs Al-Aqsa (l'une des milices du Fatah, le parti de Yasser Arafat qui a avalisé le cessez-le-feu) d'un chauffeur de camion d'origine bulgare circulant sur une route de Cisjordanie. Cependant, pour les Palestiniens, le résultat le plus spectaculaire du cessez-le-feu est sans conteste la réouverture de la route Saladdin coupant la bande de Gaza du nord au sud. En effet, en quelques heures, cet axe de circulation présenté comme «l'épine dorsale» de la bande de Gaza a été déblayé des blocs de béton posés par Tsahal et rouvert au trafic des autochtones.

Certes, cette réouverture est encore partielle puisque certains tronçons de la route, ravagés par les chenilles de chars, resteront longtemps impraticables. En outre, Tsahal maintient une présence voyante aux points stratégiques de son tracé afin d'y assurer la protection des convois de colons sortant des implantations de Netzarim, de Kfar Darom et de Gouch Katif. Selon les accords de cessez-le-feu, ceux-ci bénéficient d'ailleurs également d'une priorité de circulation obligeant les services de sécurité palestiniens à interrompre le trafic des autochtones pour les laisser passer.

Quoi qu'il en soit, le fait de pouvoir circuler presque librement sur «leur» route est déjà un acquis. «Ça durera ce que ça durera mais, au moins, je l'aurai vécu», affirme Nabil, un chauffeur de taxi collectif, trop heureux de «pouvoir recommencer à travailler comme dans le temps». «Je ne garantis pas que la houdna nous amènera la paix mais, au moins, elle nous permet de respirer un peu et c'est ce dont nous avons besoin pour le moment.»