Il flottait un air de fête dans la Vieille-Ville de Jérusalem. L'inauguration vendredi du «Centre pour le dialogue» a réussi ce que n'était pas parvenu à accomplir un Noël particulièrement morose: ranimer la Ville sainte, fût-ce seulement l'espace de quelques heures.

En fait, ils étaient presque tous là: ceux qui, malgré le déferlement de violence, malgré le cycle de la répression et des attentats, malgré la radicalisation générale, continuent d'espérer une alternative plus pacifique pour la région. A tour de rôle, responsables politiques et intellectuels israéliens et palestiniens se sont ainsi succédé pour dire leur attachement à la paix et à une solution qui comprend l'existence de deux Etats vivant pacifiquement côte à côte. Au total, quelque 2000 personnes ont participé à cette manifestation pacifique.

Yossi Beilin, ancien ministre de la Justice et promoteur des Accords d'Oslo, Yossi Sarid, chef de l'opposition de gauche, ou encore l'écrivain David Grossman: le camp israélien était d'autant plus fortement représenté que le mouvement pacifiste des Femmes en noir et celui de la Paix maintenant avaient sonné le rassemblement de tous leurs membres.

Du côté palestinien, c'est Sari Nusseibeh, véritable coqueluche des Israéliens depuis quelques semaines, qui a ravi la vedette aux autres participants. Le représentant de l'OLP à Jérusalem, qui est à l'origine de cette initiative de «coalition pour la paix», a confirmé vendredi qu'il était bien l'étoile montante palestinienne. Nommé par Yasser Arafat après la mort de Fayçal Husseini en mai dernier, Nusseibeh n'a pas pu rejoindre ses nouveaux bureaux de la Maison d'Orient, le siège de l'OLP à Jérusalem, occupé depuis trois mois par les soldats israéliens. Ce «Centre pour le dialogue» se trouvera donc dans un hôtel près de la porte de Jaffa, à l'intérieur des murailles de la Vieille-Ville.

Ironiquement, ce même Sari Nusseibeh avait été arrêté par la police il y a quelques jours parce qu'il avait organisé une réception de Noël dans ce même bâtiment. Le gouvernement d'Ariel Sharon craint en effet que ses apparitions publiques ne puissent servir à réaffirmer les droits des Palestiniens sur une partie de Jérusalem. Alors que Nusseibeh est invité désormais sur tous les plateaux de télévision israéliens et qu'il fait la une des magazines, les proches de Sharon le qualifient de «visage présentable du terrorisme».

Contre-manifestation

Vendredi, face à la foule bigarrée d'activistes israéliens pour la paix, de notables palestiniens invités et de militants européens accourus pour l'occasion, étaient aussi rassemblées quelques poignées d'opposants à tout dialogue avec les Palestiniens. «Nous avons déjà eu l'Inquisition, les croisades, les pogroms et l'Holocauste. N'est-ce pas assez?» hurlait une jeune fille devant le nouveau «Centre pour le dialogue», des fenêtres duquel avaient été lâchées, en signe d'espoir, quelques colombes blanches.