Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a voulu montrer l’exemple. Au lendemain de l’attentat du «Sarona market», un centre commercial en vogue de Tel-Aviv où quatre personnes ont été tuées mercredi soir et une quinzaine d’autres blessés par deux Palestiniens, le leader du parti d’extrême droite Israël notre maison s’est en effet attablé à l’une des terrasses visées par les terroristes. Il y a déjeuné ostensiblement avant de participer à la réunion du cabinet restreint de la sécurité convoquée par le premier ministre Benyamin Netanyahou pour décider des représailles de l’Etat hébreu. «Ne me demandez pas ce que l’on va faire, mais soyez certains que nous ne resterons pas les bras croisés», a-t-il asséné.

«Il ne faut plus tergiverser et prendre des mesures qui nettoieront le mal», a proclamé le ministre des Transports et du Renseignement, Israël Katz, un faucon du Likoud qui fait également partie du cabinet restreint et qui se profile comme le candidat le plus sérieux à la succession de Benyamin Netanyahou. Quant au chef du gouvernement, il s’est contenté de promettre qu’Israël «attaquera qui il doit attaquer et protégera qui il doit protéger».

Les deux tueurs, Khaled Mohamad Makhamreh, 22 ans, et Mohamad Ahmad Makhamrah, 21 ans, en costume-cravate, à l’allure d’hommes d’affaires, ont ouvert le feu avec deux armes de poing, semant la panique dans le centre commercial. Ils étaient originaires de Yata, un village proche de Hébron (Cisjordanie) d’où ont été organisés de nombreux autres attentats durant la deuxième Intifada (2000-2004). Avigdor Lieberman a proclamé bouclage hermétique de la zone dès mercredi soir. Mais Israël Katz exige que ce blocus «se poursuive le plus longtemps possible pour y traiter le problème à la racine». En outre, il veut qu’Israël réduise le nombre de camions livrant de la marchandise à la bande de Gaza «puisque la population y a manifesté sa joie dans la rue après l’attentat».

Avant même la réunion du cabinet restreint, le ministre de la Défense avait également autorisé le déploiement de deux bataillons supplémentaires en Cisjordanie ainsi que la levée de la mesure autorisant 83 000 Palestiniens à visiter leurs proches résidant en Israël à l’occasion du ramadan.

Ce faisant, plusieurs dizaines de milliers de fidèles musulmans ne pourront pas participer aujourd’hui à la grande prière du vendredi sur l’Esplanade des mosquées de Jérusalem. Ce qui risque de provoquer de nouveaux incidents et entraîner une mobilisation policière sans précédent autour des lieux saints de la ville.

«Cette décision équivaut à une punition collective qui ne mènera certainement pas à l’apaisement et ne calmera pas la hargne des Palestiniens envers l’occupation», s’est exclamé le député Ayman Odeh, le chef de la Liste arabe unie à la Knesset. Dans la foulée, l’élu originaire de Haïfa a cependant condamné la tuerie de mercredi «avec la plus extrême fermeté». Une réaction semblable à celle de l’Autorité palestinienne qui a, elle aussi, publié un communiqué dénonçant la tuerie.

Le cabinet israélien de la sécurité a décidé de renforcer les mesures «antiterroristes» en demandant, par exemple, au procureur général d’accélérer les procédures autorisant le dynamitage du domicile familial des personnes impliquées dans des attentats. De plus, il a examiné la possibilité de nouveaux contrôles destinés à empêcher les Palestiniens de s’introduire clandestinement en Israël.

A en croire le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, l’Etat hébreu envisage, à titre de rétorsion, de ne plus restituer à leur famille les corps des Palestiniens tués après un attentat ou dans le cadre de l’«Intifada des couteaux». Ceux-ci seraient donc enterrés dans le nord d’Israël jusqu’à nouvel ordre, à côté des dépouilles des membres du Hezbollah.

Quoi qu’il en soit, l’attaque de mercredi soir a surpris la police et le Shabak (Sûreté générale). Plusieurs commentateurs estiment d’ailleurs que les tueurs leur ont fait subir un camouflet puisqu’ils ont réussi à s’infiltrer dans l’une des zones les plus sécurisées d’Israël. Un périmètre de moins d’un kilomètre carré où l’on trouve, ou le «Sarona market», les studios de Kol Israël (la radio publique), l’état-major général de Tsahal (l’armée), le Ministère de l’intérieur et celui de la défense.