La Journée de la terre s'est déroulée cette fois-ci presque sans incidents violents, sauf quelques jets de pierres près du caveau de Rachel, à l'entrée de Bethléem. Toutefois l'explosion prématurée dans la nuit de dimanche à lundi d'une voiture piégée, conduite par un jeune islamiste qui, selon toute vraisemblance, se proposait de traverser la zone industrielle de Ramallah pour prendre la route du territoire israélien, laisse penser que le Hamas cherchait à commémorer la journée d'une autre manière.

Le ton général, d'ailleurs, était dur. La communauté arabe d'Israël – quasi un million de personnes – a ainsi suivi massivement un mot d'ordre de grève générale, tandis que des Arabes israéliens ont manifesté en Galilée sous des drapeaux aux couleurs palestiniennes. Plusieurs responsables de leurs communautés ont profité de l'occasion pour accuser publiquement l'Agence juive de complicité dans la mise en place de colonies sur des terres confisquées, et ce pour faire pencher la balance démographique en leur faveur.

En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, les autorités avaient décrété une grève d'une demi-journée. Les autorités israéliennes ne s'y sont pas trompées. Elles ont mis en état d'alerte maximale des unités d'intervention de l'armée dans les territoires occupés et dépêché de gros renforts de police en Galilée, dans le désert du Néguev, où des désordres dans les camps de Bédouins étaient redoutés.

Depuis vingt-deux ans, chaque 30 avril est marqué par des marches de protestation d'Arabes israéliens et de Palestiniens des territoires, unis des deux côtés des lignes de démarcation contre la saisie de terrains par Israël. Leur mobilisation rappelle la sauvage répression d'une manifestation d'Arabes israéliens par les forces de police le 30 avril 1976. Bilan: six morts. A la suite de ces événements sanglants, qui eurent lieu sous le premier gouvernement de Yitzhak Rabin, le 30 avril est devenu une journée commémorative, sous le nom de «Journée de la terre».

Dans le contexte actuel de blocage des négociations israélo-palestiniennes, la Journée de la terre a pris un relief particulier. D'autant que les Etats-Unis, par la bouche du secrétaire d'Etat Madeleine Albright, ont estimé que le processus de paix était en train d'agoniser.