Silencieux, ils comprennent que leur espoir du jour s’est envolé. Un vague balluchon à leurs pieds, des travailleurs migrants aux vêtements fatigués assistent au départ des premiers trains «spéciaux» depuis la gare de New Delhi, à la septième semaine d’un confinement extrêmement sévère en Inde. Ces trains, qui fileront à travers la plaine du Gange pour desservir leurs régions d’Uttar Pradesh, du Bihar, du Jharkhand ou du Bengale, partiront sans eux. Ils n’ont pu acheter de billets, y compris au marché noir, et comptaient sur la chance pour monter dans un wagon. Mais elle est rarement de leur côté, au fil des annonces contradictoires des autorités, des promesses de gratuité avortées et des lignes de trains annulées. Et ils regardent la file des rares passagers, «les riches», qui tirent leurs valises et pénètrent dans l’enceinte de la gare aseptisée et gardée par des dizaines de policiers.

«Nous sommes des milliers à être bloqués ici, sans le sou. Notre sort n’a-t-il aucune importance?» commente Rohit Kumar, un jeune homme mince. Originaire d’Uttar Pradesh, il n’a que 18 ans. Lui travaillait comme brodeur dans l’Etat voisin de l’Haryana. Le 25 mars, à l’annonce du confinement et de la mise à l’arrêt du pays, il n’a plus été payé par son employeur et a vite épuisé ses ressources. Les transports publics étant paralysés, Rohit Kumar a finalement marché 150 km, durant trois jours. Les pieds gonflés dans ses sandales, il est arrivé à Delhi pour tenter d’embarquer dans les nouveaux trains spéciaux et rentrer chez lui, en Uttar Pradesh. Las! «Comme c’est impossible, je vais partir ce soir à pied. J’ai 200 km à parcourir. Le seul problème, c’est que je ne sais pas si je vais tenir sans nourriture, en ne buvant que de l’eau.»