La police de Londres a arrêté en milieu de journée mardi Altaf Hussain, chef du Muttahida Qaumi Movement (MQM), parti qui contrôle d’une main de fer la majeure partie de Karachi, pour son implication présumée dans des détournements de fonds, selon des sources concordantes.

Dès cette annonce, flashée par les chaînes d’information pakistanaises, des familles ont accouru dans les épiceries pour faire le plein de denrées alimentaires craignant que la métropole soit paralysée pendant plusieurs jours, ou qu’elle s’enfonce davantage dans la violence.

«Nous ne savons pas combien de temps les commerces vont fermer», a déclaré à l’AFP Razi Begum, une femme voilée âgée de 45 ans qui se pressait dans une épicerie prise d’assaut alors que les employés quittaient leur bureau et les commerces fermaient un après l’autre.

Le Royaume-Uni a aussitôt annoncé la fermeture «temporaire» de son consulat à Karachi et la police locale était en état d’alerte, a indiqué un porte-parole à l’AFP. «Nous avons resserré la sécurité autour des consulats, en particulier celui de la Grande-Bretagne», a déclaré le chef de la police de Karachi, Ghulam Qadir Thebo.

Karachi, plus grande ville et capitale économique du Pakistan, est déjà en temps normal secouée par des violences nourries par les rivalités politiques, économiques et ethniques et qui ont atteint un niveau sans précédent ces dernières années.

La tension y est donc encore montée d’un cran avec l’arrestation d’Altaf Hussain, fondateur du MQM. Ce dernier est le parti des «Mohajirs», musulmans venus d’Inde lors de la partition sanglante de l’ex-colonie britannique en 1947 et qui se sont installés principalement à Karachi.

Altaf Hussain s’était exilé à Londres en 1992 alors que les autorités entamaient l’opération «Clean Up» afin de purger la métropole économique de ces rivalités politiques et violences aux allures de guérilla urbaine.

Depuis Londres, il contrôle toujours d’une main de fer ce parti soupçonné de trafics de toute sorte et du meurtre de nombreux opposants.

Cette arrestation intervient une semaine après l’annonce faite par la police britannique qu’elle recherchait deux Pakistanais en lien avec le meurtre en 2010 à Londres d’un autre dirigeant du MQM en exil, Imran Farooq, 50 ans. La dépouille de ce dernier avait été retrouvée avec des blessures à la tête et des traces de coups de couteau devant son domicile, proche du QG local du MQM.

Imran Farooq, qui vivait à Londres depuis 1992, était soupçonné par les autorités pakistanaises d’être impliqué dans des affaires de meurtre et de torture liées aux activités du MQM. Son meurtre avait donné lieu à de nombreuses théories, l’une étant que sa propre formation politique avait commandité son assassinat, ce que le MQM a toujours nié.