Entre les interminables avenues encombrées de bus et de vendeurs ambulants qui traversent Iztapalapa, ce faubourg populaire de Mexico se souvient encore du temps où il n'était qu'un gros village accolé à la capitale. Une langueur toujours perceptible dans le Callejon de Allende, petite ruelle où l'on entend le bruissement des poules derrière les jardins clos.

Comme tous les habitants de ce quartier, José et Benito ont voté à gauche lors de la présidentielle de 2006. Outrés par le résultat final, qui a donné la victoire à Felipe Calderon après de longues semaines de contestation, ils partagent aujourd'hui un avis plus nuancé sur le jeune chef de l'Etat: «Ce n'est pas un despote, il cherche le dialogue, affirme José, chauffeur de bus. Le problème c'est qu'il n'a rien fait pour nous donner du travail... Il affirme avoir créé un million d'emplois, où sont-ils?»

«Travailler pour manger»

Pour Benito, ouvrier à la retraite, le niveau des salaires ne permet d'ailleurs même pas de vivre dignement: «Pour compléter ma pension, qui s'élève à 253 francs par mois, j'ai voulu prendre un travail de gardien de sécurité à l'aéroport, raconte-t-il. Le salaire était de 56 francs par semaine, à raison de douze heures de présence par jour! Et après on s'étonne que la délinquance soit devenue incontrôlable», s'indigne-t-il.

«On ne travaille que pour manger», s'accordent les deux hommes en se posant sur un tronc d'arbre qui fait office de banc. Pourtant, à Iztapalapa comme ailleurs, les Mexicains ont d'autres ambitions. Les petits-enfants de Benito, par exemple, fréquentent une école privée où l'on apprend l'informatique et l'anglais. «Heureusement que mes enfants ont un bon travail car ça coûte 190francs par mois, observe-t-il. Dans ce pays, on ne peut compter que sur la famille, jamais sur le gouvernement.»

Un désenchantement contre lequel Felipe Calderon aura du mal à lutter. D'après le FMI, le Mexique serait cette année l'économie la moins dynamique d'Amérique latine avec 2,9% de croissance, contre une moyenne régionale de 4,2%. Menacé par une faible croissance aux Etats-Unis, vers lesquels partent 90% de ses exportations, le Mexique reste aussi handicapé par l'inefficacité légendaire de sa fiscalité. Selon une étude récente, l'activité économique informelle entraîne un manque à gagner annuel de 32 milliards de dollars pour l'Etat mexicain, soit 4% du Produit intérieur brut. Au total, seulement 16% de la population active - 5,5 millions de personnes - et 27,5% des entreprises paieraient des impôts régulièrement.