Europe

Paolo Gentiloni ou le choix de la continuité à la tête de l’Italie

Le ministre des Affaires étrangères a été choisi pour former un nouveau gouvernement. Paolo Gentiloni est un fidèle de Matteo Renzi, démissionnaire après le rejet dans les urnes de sa réforme de la Constitution

Le choix de la continuité et de la stabilité. Le président de la République italienne, Sergio Mattarella, a désigné dimanche Paolo Gentiloni, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement sortant, pour former un nouvel exécutif. La démission de Matteo Renzi a ouvert une crise politique, quelques jours après son échec de convaincre les Italiens de voter en faveur de sa réforme de la Constitution, lors d’un référendum dimanche 4 décembre.

Gouverner au plus vite

Le futur premier ministre a reconnu «être conscient de l’urgence de donner à l’Italie un gouvernement dans la plénitude de ses pouvoirs pour rassurer nos concitoyens». A l’issue d’un entretien d’une heure avec Sergio Mattarella, il a expliqué devoir évoluer «dans le cadre du gouvernement et de la majorité sortante» pour former son équipe. Il laisse ainsi entendre que plusieurs ministres seront confirmés à leur poste. Mais ils devront d’abord obtenir la confiance des deux chambres du parlement, avant de pouvoir prêter serment devant le président de la République, vraisemblablement avant le Conseil européen du 15 décembre.

Le chef de l’Etat et le successeur de Matteo Renzi souhaitent en effet la confirmation du nouvel exécutif dans les plus brefs délais. Les deux hommes ont souligné à plusieurs reprises les priorités internationales, économiques et sociales que l’Italie doit affronter dans l’immédiat, comme la reconstruction des zones meurtries par une série de séismes cet été et cet automne, la crise bancaire dont souffre la péninsule depuis des mois et le rendez-vous du jeudi 15 décembre à Bruxelles.

«Sens des responsabilités»

Paolo Gentiloni a accepté de prendre la tête d’un gouvernement «non par choix, mais par sens de la responsabilité». Les options se sont en effet réduites après le refus de tous les partis d’opposition de soutenir un «gouvernement de responsabilité nationale», comme le réclamaient Matteo Renzi et son Parti démocrate (PD, centre gauche).

Le choix du président de la République s’est ainsi porté sur un fidèle du premier ministre sortant. Paolo Gentiloni est pourtant aux antipodes de son prédécesseur. Ce Romain de 62 ans est décrit comme pragmatique, discret, voire même froid. Dans le comportement comme dans le style, il rappelle davantage le chef de l’Etat sicilien austère qui l’a désigné que le bouillonnant toscan.

Porte-parole du maire de Rome Francesco Rutelli dans les années nonante, député depuis 2006, ministre de la Communication de Romano Prodi, il est l’un des fondateurs du PD. Matteo Renzi l’a choisi comme ministre des Affaires étrangères en octobre 2014 en remplacement de Federica Mogherini, désignée cheffe de la diplomatie européenne. Il est appelé aujourd’hui à former le 64e gouvernement de la République italienne née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Opposition remontée

Son exécutif sera tiraillé entre deux agendas politiques. Celui du président de la République et celui des partis d’opposition. Le premier a répété par deux fois samedi, à l’issue de consultations de trois jours avec toutes les forces présentes au parlement, la nécessité d’avoir un exécutif pour affronter «les obligations, les engagements et les échéances internes, européennes et internationales». La vision de Sergio Mattarella s’étend non seulement aux urgences immédiates, mais aussi à 2017, lorsque l’Europe fêtera les 60 ans de la signature des Traités de Rome, en mars, et lorsque l’Italie accueillera le G7 à Taormine, en Sicile, en mai.

Les seconds réclament des élections anticipées. Le Mouvement 5 étoiles (M5S), la formation fondée par l’humoriste Beppe Grillo, et la Ligue du Nord, le parti d’extrême droite de Matteo Salvini, n’acceptent pas ce qu’ils considèrent comme un «Renzi-bis». L’opposition dénonce le choix de rester dans la ligne de Matteo Renzi et de ne pas respecter le vote des Italiens ayant «rejeté» le premier ministre et sa politique. Or, avant de pouvoir convoquer des élections nationales, l’Italie devra se doter d’un nouveau système électoral. La loi actuelle, voulue par le gouvernement sortant et votée par le parlement en 2015, est suspendue à l’avis de la Cour constitutionnelle sur sa validité. Elle doit se prononcer fin janvier.

L’espoir d’un retour aux affaires pour Matteo Renzi

La durée du mandat de Paolo Gentiloni est donc suspendue à la lutte entre ces deux lignes, dont le président du Conseil sortant reste l’un des principaux acteurs. De quel côté penchera-t-il? Dans un message sur les réseaux sociaux, à peine rentré dans sa résidence toscane samedi, Matteo Renzi, toujours secrétaire du PD, a écrit que «nous ne nous fatiguerons jamais de réessayer et de repartir». Signe qu’il caresse l’espoir d’un retour aux affaires.


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