La crise politique aura été de courte durée. L’Italie s’est dotée lundi d’un nouveau gouvernement, moins d’une semaine après la démission de Matteo Renzi. Les ministres de Paolo Gentiloni, désigné dimanche comme nouveau président du Conseil, ont prêté serment lundi. L’ancien chef de la diplomatie italienne prend ainsi la tête du 64e exécutif de la République italienne née il y a septante ans.

Continuité

Cette nouvelle équipe s’inscrit dans la continuité. La majorité des ministres de Matteo Renzi ont été confirmé à leur poste. Paolo Gentiloni a aussi gardé les fidèles bras droits du leader florentin. Luca Lotti devient ministre des Sports après avoir été conseillé du premier ministre sortant. Et Maria Elena Boschi cède sa place de ministre pour intégrer l’équipe aidant la présidence du Conseil. Elle s’occupait des réformes constitutionnelles, rejetées par près de 60% d’Italiens lors d’un référendum le 4 décembre dernier. Le résultat a provoqué la démission de Matteo Renzi.

Mais «l’action d’innovation» de son mandat sera poursuivie par son successeur. Fidèle de la première heure du jeune dirigeant toscan, Paolo Gentiloni en est pourtant aux antipodes. Il est décrit comme «médiateur», «modéré», sobre, discret, voire même froid. Des termes jamais utilisés pour décrire son fringant prédécesseur. Son style et son comportement rappellent plus l’austère président de la République, Sergio Mattarella, arbitre de cette crise. Il a revêtu ces derniers jours un sobre costume gris à peine plus foncé que ses cheveux courts. Les rares épis rappellent la chevelure négligée de sa jeunesse, quand il était un militant de gauche et écologiste.

Né à Rome le 22 novembre 1954, Paolo Gentiloni est diplômé en sciences politiques, journaliste de profession et marié à une architecte. Le couple n’a pas d’enfants. Il rentre en politique au début des années 1990 aux côtés du maire de Rome Francesco Rutelli. Il gère sa campagne électorale avant de devenir son porte-parole. Il garde un lien particulier avec sa ville natale. En 2013, il se porte candidat à la primaire du centre gauche pour en devenir le maire. Il perd au profit d’Ignazio Marino.

Au début des années 2000, il intègre la formation qui deviendra le Parti démocrate (PD, centre gauche), dont il est l’un des membres fondateurs. Il est élu député puis, en 2006, désigné par Romano Prodi comme son ministre de la Communication. En 2014, Matteo Renzi fait appel à lui pour remplacer comme ministre des Affaires étrangères Federica Mogherini, devenue cheffe de la diplomatie européenne.

Il descend d’une famille de nobles, notamment d’Ottorino Gentiloni Silverj, homme de confiance du pape Pie X qui a permis aux catholiques de pouvoir à nouveau voter en 1913, après l’interdiction d’un précédent pape. Paolo Gentiloni est catholique, mais est resté un politicien laïc soutenant par exemple la procréation médicalement assistée, la recherche clinique sur les embryons ou encore les Pacs (pacte civil de solidarité).

Minces marges de manoeuvre

Désormais au sommet de l’Etat, ses marges de manœuvre sont minces, entre une large opposition appelant à des élections anticipées et un Matteo Renzi, toujours secrétaire du PD, que l’on soupçonne de vouloir revenir aux affaires rapidement.

La crise a été résolue en des temps record, car l’Italie ne pouvait pas se permettre d’affronter le Conseil européen de jeudi sans premier ministre. Le pays «fondateur et protagoniste de l’Union européenne» doit continuer de «se battre pour des politiques migratoires communes et pour des politiques économiques enfin orientées vers la croissance», a souligné l’ancien ministre des Affaires étrangères, restant dans la ligne de son prédécesseur. L’année prochaine, la péninsule accueillera également la commémoration de la signature des Traités de Rome, il y a soixante ans, et le G7 à Taormine, en Sicile, au mois de mai. Ces rendez-vous laissent entrevoir une longévité du nouvel exécutif de plusieurs mois.

Les membres de ce nouveau gouvernement ont prêté serment à 20 heures hier. Ils font maintenant face à de nombreuses urgences. De la crise des banques italiennes à l’indispensable réforme du système électoral en vue de possible élections anticipées. Sans oublier la reconstruction des régions frappées par une série de séismes ces derniers mois. Dimanche, une secousse de magnitude 4,3 a frappé le centre du pays et fait trembler la terre jusqu’à Rome. Les murs ont bougé lorsque Paolo Gentiloni expliquait à la presse avoir accepté de succéder à Matteo Renzi. Comme un présage de l’ardeur de la tâche qui l’attend.