La Grèce a décidé de mettre de l’ambiance dans les travées feutrées du G20 qui s’ouvre ce jeudi à Cannes. Par la voix de son premier ministre, Georges Papandréou – par quelle mouche a-t-il donc été piqué?, se demande Le Monde ce mercredi matin – puis par celle de son cabinet réuni en session extraordinaire dans la nuit de mardi à mercredi, elle a approuvé «à l’unanimité» le projet de référendum populaire en décembre sur le plan de sauvetage. Cette drastique cure d’austérité annoncée lundi et déjà vilipendée par The Economist, car «décidément, les plans européens successifs pour résoudre la crise de la dette déclenchée par la Grèce ressemblent de plus en plus à ces usines Potemkine que l’on faisait jadis visiter aux touristes avides du rêve soviétique, ricane La Tribune. Cette fois, il aura suffi de cinq jours pour faire disparaître le timide retour de la confiance née après le sommet de Bruxelles.»

Depuis, la planète eurozonale est à feu et à sang, frappée d’une rare stupeur durant un mardi noir vécu par les marchés tétanisés par ce pavé dans la mare qui risque de faire tomber le cabinet grec, prévient le Telegraph de Londres. C’était «la panique», selon El País de Madrid, «le choc et la colère» en Allemagne et en France, notamment, dit La Stampa de Turin, car «M. Papandréou fait un pari fou, selon le quotidien parisien. Au peuple d’apprécier, c’est l’honneur de la démocratie, certes. Toutes les forces politiques approuveront, les Grecs, une fois bien informés, aussi, affirme-t-il.» Mais «ce n’est pas ce que disent, pour l’instant, la rue et les sondages». Cette rue où «les manifestations sont de plus en plus violentes», constatent la Tribune de Genève et 24 heures. Et où fleurissent des slogans qui «ne visent pas Bruxelles mais «les traîtres» de la classe politique grecque, voués aux gémonies par le peuple».

Dans le fond, peu lui importe, à ce peuple, que le premier ministre dont le Stern ne sait s’il faut le qualifier de «héros» ou de «traître» ait «soufflé sur le château de cartes d’un sauvetage monté d’une main hésitante depuis des mois», jouant du coup «sa survie politique», estime le quotidien grec Ekathimerini. Dans la foulée, Le Monde déplore que «le coup d’éclat d’Athènes ouvre, jusqu’à janvier au moins, une nouvelle période d’incertitude, la pire des choses. Et conduit à se demander si la Grèce a bien sa place dans la zone euro.» Bref, si «la démocratie se situe au-dessus de l’appétit des marchés», comme l’affirme le premier ministre dans le Mundo espagnol.

Sur place, le quotidien en ligne de centre gauche To Vima, qu’a lu et traduit le site Eurotopics, prévient que cette décision est risquée: «Rien ne garantit qu’il y ait au prochain trimestre des aides financières qui puissent être acceptées ou rejetées par le peuple grec. Personne ne peut être certain que les banques et les investisseurs continueront de se ranger derrière l’accord de Bruxelles si celui-ci fait l’objet d’un référendum. […] Le référendum met en péril l’accord du sommet européen. […] Préoccupant également, le fait que ce référendum nous présente indirectement devant le choix de rester ou non dans la zone euro.»

Le Figaro, lui, pose la question plus brutalement: «L’Europe en finira-t-elle un jour avec le poison grec?» Il n’a pas de mots assez durs pour la Grèce, «entrée par effraction dans la monnaie unique avec des comptes publics falsifiés, réputée pour son laxisme fiscal et son inefficacité administrative». «Désormais, la coupe est pleine» et Athènes «se rapproche à grands pas de la sortie de l’euro». Mais pour Libération, «Papandréou soulève la seule vraie question. Totalement taboue, […] terrifiante pour ceux qui nous gouvernent […]: que pensent les peuples de la brutale cure d’austérité qui va s’abattre sur eux?» Et L’Humanité va dans le même sens en parlant d’un «coup de tonnerre sur l’Olympe libéral» et en citant le communiste Pierre Laurent qui a affirmé que les dirigeants européens «n’aiment pas» cette démocratie. Une «tradition» dont se targuent les Grecs, se moque presque l’Agence télégraphique suisse, notamment reprise par la Neue Zürcher Zeitung. Et que réfute avec éclat le Belfast Telegraph.

Bref, on peut aussi dire, comme les Dernières Nouvelles d’Alsace, que l’Union européenne «est défiée par l’arme la plus dangereuse qui soit: le vote!». Ou marteler, comme Le Progrès de Lyon, qu’un référendum, c’est la «forme la plus aboutie de l’expression du peuple», qu’il «n’est jamais contestable ni condamnable». Aussi «les critiques d’autres Européens à l’égard du premier ministre du pays qui a inventé la démocratie sont […] aussi vaines que déplacées.» Car «a priori, consulter le peuple lorsqu’il s’agit de lui faire avaler un bocal de couleuvres relève des règles élémentaires de la démocratie», enchaîne Le Républicain lorrain. Alors que La Montagne de Clermont-Ferrand voit même en M. Papandréou «enfin un vrai démocrate dans cet aréopage de gouvernants libéraux qui, pour ne pas fâcher les marchés et les agences de notation, font payer à leurs peuples la note de leurs indécisions».