Benoît XVI a célébré dimanche la fête de la Pentecôte sur fond de morosité provoquée par l’affaire du «Vatileaks», qui a entraîné l’arrestation du majordome des appartements pontificaux pour vol de documents sensibles. Le pape, 85 ans, paraissait fatigué lors de la messe célébrée en la basilique St-Pierre.

Le Saint-Père a loué dimanche, selon la croyance, la venue de l’Esprit Saint sur les apôtres et la naissance de l’Eglise.

Benoît XVI n’a fait aucune allusion, lors de ses deux prises de parole dominicales, à l’arrestation de son majordome particulier, qui l’a toutefois «peiné et attristé» d’après les confidences de son entourage. Samedi, son majordome avait été officiellement inculpé par la justice vaticane pour avoir dérobé des documents confidentiels relatifs au pape.

Le cardinal Carlo Maria Martini, ancien archevêque de Milan et jadis candidat au trône de St-Pierre, a pour sa part semblé exprimer l’opinion de beaucoup en déclarant que le scandale devrait amener l’Eglise «à retrouver d’urgence la confiance des croyants». Pour ce prélat, qui s’exprime dans les colonnes d’un journal italien, le pape a été «trahi» à l’image de Jésus et l’Eglise devra émerger de cette affaire encore plus forte et plus «propre».

Et pourtant, ils sont peu nombreux ceux qui croient que le majordome mis en cause, un homme discret et un père de famille modeste, ait pu agir seul. Certains vont jusqu’à dire que ce dernier n’est vraisemblablement qu’un pion involontaire sur l’échiquier d’une lutte d’influence qui le dépasse au Vatican.

«Il a perdu la tête ou bien est tombé dans un piège», s’interroge un de ses amis au Vatican dans les colonnes du quotidien «La Stampa». «Quiconque l’a persuadé d’agir ainsi serait encore plus coupable que lui pour avoir manipulé une personne modeste».

Alors que cette arrestation fait la «une» de tous les journaux de la Péninsule et d’ailleurs, l’unique quotidien du Saint-Siège, «L’Osservatore Romano», passe sous silence l’affaire.

Pour certains, cette omission peut vouloir dire que le journal vaticanais est lui-même instrumentalisé dans la lutte de pouvoir qui se jouerait dans l’entourage du pape entre partisans et adversaires du secrétaire d’Etat, le cardinal Tarcisio Bertone, considéré comme le «Premier ministre» du Vatican.

Il règne dans l’enclave du Saint-Siège une atmosphère morose, des sources vaticanes n’excluant pas de nouvelles interpellations, notamment si le majordome mis sous les verrous dénonçait d’éventuels complices.

«Il existe une stratégie de la tension, une orgie de vendettas et de vendettas préventives qui échappent désormais au contrôle de ceux qui pensaient pouvoir tout orchestrer», écrit l’historien de l’Eglise Alberto Melloni dans le «Corriere della Sera».

La majordome est passible d’une peine de 30 ans de prison pour avoir possédé illégalement des documents appartenant à un chef d’Etat. S’il est reconnu coupable, il sera vraisemblablement détenu dans une prison italienne à la suite d’un accord entre l’Italie et le Vatican, ce dernier ne possédant pas de lieu d’incarcération propre.

Des lettres adressées personnellement à Benoît XVI par l’archevêque Carlo Maria Vigano, ex-numéro deux des services administratifs du Vatican, ont notamment été diffusées par une chaîne italienne de télévision.

Ces courriers montrent que l’archevêque avait été muté comme nonce apostolique (ambassadeur) à Washington après avoir révélé l’existence d’un large réseau de corruption, de népotisme et de favoritisme lié à des contrats signés à des prix gonflés avec des partenaires italiens.

D’autres pièces évoquent des conflits internes concernant l’Institut des oeuvres religieuses (IOR, la Banque du Vatican), dont le président Ettore Gotti Tedeschi, accusé de «mauvaise gouvernance», a été limogé jeudi, une décision prise à l’unanimité.