Le cardinal Gerhard Ludwig Müller affichait clairement ses désaccords avec le pape François, auquel il reprochait sa volonté de faire adopter une ligne plus souple envers les divorcés remariés. Depuis ce samedi, il n'est plus le chef de Congrégation pour la doctrine de la foi, qui a pour tâche de promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique. Le souverain pontife a refusé de renouveler son mandat.

Le pape François semble ne pas avoir apprécié ses interventions qui sonnaient comme des désaveux à son égard

Nommé en 2012 par le pape Benoît XVI, le cardinal conservateur allemand de 69 ans arrivait au terme de ses cinq ans à la tête de l'institution. Il est le premier préfet de cette Congrégation à quitter cette charge avant l'âge de la retraite canonique de 75 ans, comme le relève l'agence spécialisée I.Media. «Le pape François semble ne pas avoir apprécié son exposition médiatique et ses interventions qui presque à chaque fois sonnaient comme des désaveux à son égard», juge le vaticaniste Andrea Tornielli, sur le site Vatican Insider.

Conflit sur le remariage

Le gardien du dogme avait pris ses distances avec l'exhortation apostolique «Amoris Laetitia» à plusieurs reprises. Publiée en 2016 par le pape François, elle a ouvert, dans certains cas, la possibilité de la communion pour les divorcés remariés. Bien qu'édicté par le pape, ce texte ne change en rien la doctrine de l'Eglise, qui empêche ces personnes d'avoir accès aux sacrements, avait souligné le cardinal. Pour les plus traditionalistes, un remariage qui suit un divorce constitue un adultère, qui interdit toute possibilité d'avoir accès à la communion.

Aucun pouvoir, pas même un ange ou encore le pape lui-même, n'a le pouvoir de changer le sacrement du mariage

Après la publication de cette exhortation apostolique, quatre cardinaux conservateurs ont adressé une lettre au pape François, pour exprimer leurs «doutes». Le cardinal Müller ne comptait pas parmi les signataire de cette missive, mais il avait pleinement reconnu la légitimité de la démarche de ses pairs. En février dernier, il a rappelé que le mariage est un sacrement, affirmant: «Aucun pouvoir, sur terre comme au ciel, pas même un ange ou encore le pape lui-même, n'a le pouvoir de changer cela.»

Appels à la démission

Quand l'Irlandaise Marie Collins a claqué la porte de la Commission pour la protection des mineurs créée par le pape François, elle a mis en cause l'institution du cardinal Müller. Ces derniers mois, les cercles catholiques réformistes ont lancé des appels à sa démission. Ils jugeaient que la Congrégation tardait à mettre en place un tribunal destiné à juger les évêques qui protègent des prêtres pédophiles. Ce dernier avait alors rétorqué que ce n'était qu'un «projet», et que d'autres initiatives comparables avaient déjà été mises en place.

Deux cardinaux importants du Vatican ont quitté leur poste en l'espace de trois jours

L'archevêque espagnol Luis Francisco Ladaria Ferrer prend la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dont il était jusqu'ici le secrétaire. Originaire de Majorque et âgé de 73 ans, il appartient à l'ordre des jésuites, comme le pape François. Le vaticaniste Christophe Lamb relève que «deux cardinaux importants du Vatican ont quitté leur poste en l'espace de trois jours». Jeudi dernier, le cardinal australien George Pell prenait un «congé» alors qu'il était inculpé pour pédophilie dans son pays.

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