Ankara attend le pape François

Turquie Le souverain pontife entame une visite de trois jours

Le pape François commence ce vendredi à Ankara une visite de trois jours en Turquie. Le but de son voyage est triple: œcuménique, puisque François répond à l’invitation du patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, qu’il a rencontré à deux reprises déjà cette année; interreligieux, dans la mesure où le pape se rendra comme Benoît XVI l’avait fait avant lui dans la Mosquée bleue d’Istanbul et rencontrera des représentants de la communauté musulmane; diplomatique enfin, car cette visite est celle d’un chef d’Etat qui passera la nuit dans le palais de son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. Ce troisième volet est aussi le plus problématique, car les membres de la petite communauté chrétienne de Turquie ne sont toujours pas considérés comme des citoyens à part entière et leurs droits, en matière de liberté religieuse, ne sont pas pleinement reconnus.

La fête de la Saint-André, célébrée le 30 novembre, sert de prétexte à l’invitation du pape François. Jean Paul II en 1979 et Benoît XVI en 2006 s’étaient déjà rendus dans le Phanar (Fener en turc, «la lanterne»), un quartier de la vieille ville d’Istanbul où se trouve le siège du patriarcat et l’imposant lycée grec orthodoxe, fermé, à l’occasion de la Saint-André. Paul VI s’y était rendu aussi, mais à l’été 1967.

Le patriarcat d’Istanbul est au cœur d’un malentendu. Alors que, pour les autorités turques, il n’est qu’une antenne religieuse locale, pour les quelques milliers de Grecs restants à Istanbul, il revêt, en revanche, une importance particulière, primus inter pares (premier parmi ses égaux) pour les 300 millions d’orthodoxes du monde entier. Et cette importance s’est confirmée depuis cinquante ans avec les premières tentatives de rapprochement entre les deux communautés, catholique et orthodoxe. François poursuit les efforts de ses prédécesseurs pour réconcilier le Vatican et le patriarcat.

Les discussions diplomatiques à Ankara s’inscriront aussi dans une perspective œcuménique, car le pape ne manquera pas de plaider en faveur du droit des minorités religieuses en Turquie et abordera certainement la question de la réouverture du séminaire de Halki, sur l’île des Princes. Ce séminaire hautement symbolique est l’objet d’un chantage entre Ankara et le patriarcat de Constantinople. Recep Tayyip Erdogan exige l’ouverture de mosquées en Grèce avant d’autoriser celle de Halki.

Lutte contre les djihadistes

La visite du pape s’inscrit aussi dans un contexte particulièrement difficile pour les chrétiens de Syrie et d’Irak, en proie aux attaques des djihadistes de l’Etat islamique (EI). François ne manquera pas de dénoncer les violences dont les chrétiens sont victimes. Il pourrait aussi demander au président turc d’en faire plus dans la lutte contre l’EI. En août, il avait justifié la guerre contre les djihadistes, mais depuis ces propos bellicistes, il n’a pas précisé sa pensée sur la notion de «guerre juste».