Église

Le pape François en mission délicate au Chili

Il a atterri lundi soir à Santiago, où il devra célébrer une messe mardi. Au menu de ce voyage: les peuples indigènes et les scandales qui secouent les Eglises locales

Le pape François est arrivé lundi soir au Chili, première étape d’un voyage d’une semaine qui le conduira ensuite au Pérou. La messe qu’il doit dire mardi matin à Santiago devrait attirer plus de 500 000 personnes, selon des responsables gouvernementaux. Sur le tarmac, il a été accueilli par la présidente chilienne Michelle Bachelet, accompagnée de trois enfants qui lui ont offert des fleurs. Il a ensuite salué différents représentants de l’Eglise et des autorités.

Il entame sa visite chilienne dans la capitale Santiago, après quoi il se rendra à Temuco et Iquique. Au Pérou, il ira à Lima, Puerto Maldonado et Trujillo. En Amérique latine, le premier pape originaire de la région vient soutenir les peuples indigènes et revigorer des Eglises locales secouées par des scandales et concurrencées par les cultes évangéliques. Il rencontrera aussi les autorités gouvernementales de deux pays en pleines turbulences politiques, le Chili et le Pérou.

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Peu avant, dans l’avion papal, François avait déclaré que le monde était «à la limite» du risque de guerre nucléaire, confiant: «J’ai vraiment peur. Il suffirait d’un accident pour tout précipiter.» Le pape argentin s’exprimait au surlendemain d’une alerte au missile, qui s’est avérée sans objet, ayant semé la panique à Hawaii, alors que la Corée du Nord laisse planer la menace d’une attaque nucléaire.

L’ombre du dossier de Mgr Barros

Mardi, le discours du pape argentin à des prêtres, religieux et séminaristes, rassemblés en fin d’après-midi dans la cathédrale de Santiago du Chili, sera scruté à la loupe. François enchaînera ensuite un rendez-vous avec une cinquantaine d’évêques chiliens.

Lundi, des militants de plusieurs pays, de la France aux Etats-Unis en passant par l’Allemagne, ont lancé à Santiago une organisation mondiale contre la pédophilie au sein de l’Eglise (Ending Clerical Abuse, ECA) et demandé au pape des «actions» concrètes.

Le pape, qui prône la «tolérance zéro» face aux prêtres pédophiles, marche sur des œufs au Chili. L’octogénaire père Fernando Karadima, un ancien formateur charismatique de prêtres, a été reconnu coupable en 2011 par un tribunal du Vatican d’avoir commis des actes pédophiles dans les années 80 et 90. Il a été contraint à se retirer pour une vie de pénitence.

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Mais en janvier 2015, le pape François avait pris la décision de nommer Mgr Juan Barros à la tête d’un diocèse du sud du pays, au moment où il était soupçonné d’avoir protégé dans le passé le vieux prêtre condamné pour pédophilie. Cette nomination avait été contestée par des experts laïcs de la commission vaticane de protection des mineurs, chargée de réfléchir à la prévention d’abus sexuels. Et une congrégation religieuse, des députés et des organisations laïques chiliennes avaient envoyé une lettre de protestation au Vatican. Mgr Barros avait pour sa part démenti avoir été au courant des agissements de Karadima.

Des églises attaquées à Santiago

Quelques jours avant l’arrivée du pape, ce dossier brûlant a refait surface avec la publication d’une lettre envoyée en 2015 par le pape François à l’épiscopat chilien, a confirmé vendredi ce dernier. Elle reflète un certain embarras du Vatican pour le dossier de Mgr Barros.

L’Eglise catholique du Chili avait demandé formellement pardon, en avril 2011, pour tous les cas d’abus sexuels sur des enfants commis par des membres du clergé et pour son manque de réactivité face aux plaintes par le passé. Selon la base de données de l’ONG américaine Bishop Accountability, des dénonciations pour abus sexuels ont concerné près de 80 religieux au Chili ces dernières années.

Sous la dictature de Pinochet, l’Eglise était admirée pour son rôle de protection des droits de l’homme. Aujourd’hui, ce pays catholique à 74% se sécularise à vive allure. Le pourcentage de personnes se déclarant athées est passé de 12% à 22% entre 2006 et 2014.

Une série d’attaques ont visé durant le week-end cinq églises de Santiago, l’œuvre possible de groupes anarchistes.

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