La police sri-lankaise a arrêté au total treize hommes en lien avec les attentats. Ils appartiennent tous au même groupe radical. Une bombe artisanale découverte près du principal aéroport de Colombo a été désamorcée avec succès par les forces aériennes sri-lankaises, a par ailleurs annoncé lundi la police.

Au moins 207 personnes, dont 35 étrangers, ont été tuées dans une série d’explosions dimanche dans des hôtels de luxe et des églises au Sri Lanka. Le bilan pourrait encore s’aggraver car on dénombre plus de 450 blessés dans ces attaques, épisode de violence le plus meurtrier dans le pays depuis la fin de la guerre civile il y a dix ans.

Les catholiques sri-lankais, à l’instar de ceux du reste du monde, célébraient dimanche à l’église la messe de Pâques, l’un des temps forts de l’année religieuse chrétienne, lorsque les premières déflagrations ont eu lieu. Huit explosions se sont produites dans cette île prisée des touristes étrangers. Six très rapprochées dans la matinée, puis deux nouvelles, plusieurs heures après. Toutes les célébrations de Pâques ont été annulées dans le pays, a annoncé l’archevêché. Un couvre-feu est entré en vigueur dimanche «jusqu’à nouvel ordre» au Sri Lanka.

Au moins 64 personnes ont péri à Colombo, où trois hôtels – le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury – ont été frappés, ainsi que l’église catholique de Saint-Antoine. A Negombo, au nord de la capitale, 67 personnes ont trouvé la mort dans l’église de Saint-Sébastien et 25 autres dans une autre église à Batticaloa, dans l’est de l’île. Une explosion a retenti plus tard dans un quatrième hôtel, situé celui-là à Dehiwala, une banlieue du sud de la capitale.

Huit personnes ont été arrêtées dimanche en lien avec la vague d’attentats, a annoncé le premier ministre Ranil Wickremesinghe. «Jusqu’ici les noms que nous avons sont locaux», mais les enquêteurs cherchent à savoir s’ils ont d’éventuels «liens avec l’étranger», a déclaré le chef de gouvernement dans une allocution télévision. Il n’a pas donné davantage de précisions.

La nature exacte de ces attaques demeure inconnue et aucune revendication n’a été faite. Mais le chef de la police nationale, Pujuth Jayasundara, avait alerté ses services il y a dix jours en indiquant qu’un mouvement islamiste appelé NTJ (National Thowheeth Jama’ath) projetait «des attentats suicides contre des églises importantes et la Haute Commission indienne». Le NTJ s’était fait connaître l’an passé en lien avec des actes de vandalisme commis contre des statues bouddhistes.

«Je condamne fortement les attaques lâches sur notre peuple aujourd’hui. J’appelle tous les Sri-Lankais à rester unis et fort en ces temps tragiques», a écrit le premier ministre Ranil Wickremesinghe sur son compte Twitter officiel, ajoutant que le gouvernement prenait des «mesures immédiates pour contenir la situation».

Contacté par Keystone-ATS dimanche matin, le Département fédéral des affaires étrangères a indiqué qu’il n’avait pas connaissance pour l’heure de victime suisse. «Mais nous restons en contact avec les autorités locales», a précisé une porte-parole.

7% de chrétiens

Le bouddhisme est la religion majoritaire de l’île. Les catholiques sont estimés à 1,2 million sur une population totale de 21 millions d’habitants. Le pays compte environ 70% de bouddhistes, 12% d’hindouistes, 10% de musulmans et 7% de chrétiens.

Les catholiques sont perçus comme une force unificatrice car on en trouve chez les Tamouls comme chez la majorité cinghalaise. Certains chrétiens sont cependant mal vus parce qu’ils soutiennent des enquêtes extérieures sur les crimes de l’armée sri-lankaise contre les Tamouls pendant la guerre civile qui s’est achevée en 2009. Selon les Nations unies, le conflit de 1972 à 2009 a fait de 80 000 à 100 000 morts.

Consternation internationale

Des condoléances et des appels à défendre la liberté religieuse se sont multipliés dans le monde en réaction à ces attentats sanglants. Suite à son traditionnel message de Pâques, suivi par la bénédiction urbi et orbi, le pape François a exprimé sa «tristesse» face à ces «graves attentats, qui précisément aujourd’hui, jour de Pâques, ont porté deuil et douleur dans plusieurs églises et autres lieux de réunion au Sri Lanka» et se dit proche de «toutes les victimes d’une si cruelle violence».

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a fait part de son «horreur» et de sa «tristesse» face à la série d’explosions, affirmant que l’Union européenne se tenait «prête à apporter son soutien». Le président français Emmanuel Macron a quant à lui exprimé sa «profonde tristesse» et sa «solidarité avec le peuple sri-lankais». «La haine religieuse et l’intolérance qui se sont manifestées de façon terrible aujourd’hui ne doivent pas l’emporter», a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel. Au nom du Conseil fédéral, le président de la Confédération Uli Maurer a exprimé «sa plus profonde sympathie aux familles des victimes et aux autorités du Sri Lanka» et condamné ces «graves attaques contre les célébrations religieuses».