Mercredi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé qu’elle recommandait l’utilisation d’un vaccin contre le paludisme chez les enfants. Cette décision qualifiée d’«historique» par l’organisation fait suite à des essais menés depuis 2019 au Ghana, au Kenya et au Malawi, où 800 000 enfants ont été vaccinés.

L’OMS recommande quatre doses pour obtenir la meilleure protection qui reste relative, puisque le vaccin permet de réduire de 30% les formes les plus sévères de la maladie. Contrairement à la technologie de l’ARN messager, utilisée contre le covid, le RTS,S est un vaccin de première génération. Il a été développé par la firme pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline.

  • Pourquoi une aussi longue attente?

Le vaccin RTS,S est le premier recommandé par l’OMS contre le paludisme, une maladie pourtant millénaire transmise par les moustiques et qui fait des ravages, surtout en Afrique subsaharienne. Selon l’OMS, 260 000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque année du paludisme sur le continent. «C’est une très grande avancée, cela fait des décennies que nous attendons un vaccin», commente Olivia Ngou, directrice d’Impact santé, une ONG basée au Cameroun et qui milite pour un meilleur accès aux soins. Il aura fallu trente ans de recherche à GSK pour aboutir à ce produit. «Développer un vaccin contre un parasite est beaucoup plus compliqué que contre un virus ou une bactérie», explique Gilles Eperon, médecin adjoint du service de médecine tropicale et humanitaire aux Hôpitaux universitaires de Genève.

  • Pourquoi l’OMS recommande le vaccin malgré sa faible efficacité?

«Il n’existe aucun vaccin recommandé par l’OMS avec une efficacité aussi faible», reconnaît Nicolas Peyraud, conseiller pour la vaccination pour la section suisse de Médecins sans frontières (MSF). Le chiffre de 30% des formes sévères de la maladie évitées est à comparer avec les vaccins contre le covid efficaces à 90%. «Mais l’impact sera majeur dans les pays les plus touchés par le paludisme. Il s’agit d’une maladie mortelle contre laquelle les traitements sont compliqués», continue Nicolas Peyraud. L’OMS espère que des dizaines de milliers de vies seront sauvées par ce vaccin. Il n’est en revanche pas destiné aux voyageurs qui se rendent dans les zones endémiques, précise Gilles Eperon.

«Comme contre le covid, le vaccin ne signifie pas qu’il faut renoncer aux gestes barrières et seuls les enfants en bénéficient», met en garde Olivia Ngou. «Le vaccin est un moyen parmi d’autres, renchérit Gilles Eperon. Dans la première moitié de la décennie, une amélioration des traitements et du diagnostic avec des tests rapides ainsi que des distributions de moustiquaires imprégnées avec des insecticides ont permis de faire reculer le paludisme en Afrique. Mais aujourd’hui les cas stagnent, voire remontent.»

  • Comment garantir le meilleur accès au vaccin?

Le prochain enjeu sera de garantir le plus large accès au vaccin. GSK a fait don de 10 millions de doses pour les vaccinations pilotes. Mais le produit du laboratoire britannique coûterait 5 dollars, selon le chiffre le plus communément avancé. «Un vaccin contre le tétanos coûte 15 centimes et moins d’un dollar pour celui contre la rougeole», pointe Nicolas Peyraud. «Les personnes qui décèdent du paludisme se trouvent parmi les populations les plus pauvres et les plus reculées. Même si la recherche a coûté très cher, ces gens n’auront pas les moyens de payer, voilà pourquoi nous insisterons pour que les laboratoires partagent leurs connaissances avec des producteurs africains», plaide Olivia Ngou.

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Le déploiement du RTS,S bénéficie du soutien de l’Alliance globale pour la vaccination (GAVI), basée à Genève. Le développement du vaccin a aussi été soutenu par la Fondation Gates. Avec cette première homologation, l’OMS espère stimuler la course aux vaccins contre le paludisme. D’autres produits, avec des taux de protection plus prometteurs, notamment le R21/MM, sont en phase de test et la technologie ARN offre de nouvelles possibilités.