chine

Les parapluies de Hongkong sont refermés

La police hongkongaise a fait évacuer le principal lieu de manifestations pro-démocratie après septante-cinq jours d’occupation des rues. Selon deux observateurs, la contestation va cependant laisser des traces

Les parapluies de Hongkong sont refermés

Chine La police a fait évacuer le principal lieu de manifestations pro-démocratie

Cette longue contestation laissera des traces

Mercredi soir, le premier véhicule à emprunter la voie fut un taxi. Tout un symbole, puisque les chauffeurs des voitures rouge et blanc contestaient depuis le début le blocage des rues par le mouvement des parapluies à Hongkong. Jeudi, la police a fait évacuer le principal lieu de manifestations, qui bloquait plusieurs artères passant devant le siège du gouvernement. Au 75e jour de ce que l’on a aussi appelé Occupai Central, ce nettoyage s’est déroulé sans heurts, quelque 200 manifestants pro-démocratie irréductibles se laissant arrêter sans résistance par les forces de l’ordre.

Les points marqués…

Cette opération met fin au plus grand mouvement de contestation politique qu’ait connu Hongkong depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Mené par les étudiants, il réclamait le départ du chef de l’exécutif, CY Leung, et surtout le rejet du cadre électoral fixé par Pékin pour l’élection du prochain gouverneur, en 2017. Aucune de ces deux revendications n’a été satisfaite. La contestation va cependant laisser des traces, un point sur lequel Andrew Leung et Sebastian Veg se rejoignent. Le premier est un consultant international, notamment pour les entreprises souhaitant développer leurs affaires en Chine et à Hongkong. Le second dirige le Centre d’études français de la Chine contemporaine, aussi établi à Hongkong.

Outre le soutien massif des Hongkongais après les violences policières, les étudiants sont parvenus à décrocher deux heures de dialogue sur un pied d’égalité avec le gouvernement, le tout retransmis en début de soirée en direct sur les chaînes de télévision. «Ce débat fut une victoire importante, estime Sebastian Veg. Les étudiants ont pu clairement, publiquement faire valoir leur point de vue face à l’exécutif, qui leur accordait là une concession importante.» Si la population ne soutenait plus les étudiants ces dernières semaines, «c’est parce qu’elle estimait qu’il fallait continuer le combat autrement, analyse le chercheur. Le mouvement a en tout cas réussi à accroître la pression sur le gouvernement, en particulier au sujet de la composition du comité de sélection du prochain chef de l’exécutif». De son côté, Andrew Leung salue un «mouvement passionné, pétri d’idéalisme, qui s’explique aussi par le creusement des inégalités à Hongkong, contre lesquelles le gouvernement n’a pas assez lutté». Sebastian Veg salue aussi «l’éveil politique des jeunes Hongkongais».

… et perdus

Andrew Leung constate que le mouvement «commençait à menacer l’Etat de droit. On l’a vu quand les manifestants ont refusé de se conformer aux injonctions de la justice pour libérer les rues». Une analyse contredite par Sebastian Veg: «Le gouvernement était lui-même à la limite de la légalité en faisant jouer un rôle politique à la police plutôt que d’affronter lui-même la situation. Par ailleurs, les décisions rendues par la justice s’appuient sur un droit qui concerne d’abord la propriété privée et non l’accès aux voies publiques.»

Autre point perdu, la division de la population. «Le mouvement a révélé la méconnaissance des jeunes de la réalité chinoise, pointe Andrew Leung. Or, ils oublient que Hongkong ne leur appartient pas vraiment. Ou que Pékin ne peut revenir en arrière sur une décision sans risquer de créer des problèmes avec d’autres régions du pays.» La jeune génération «ne sait pas que du temps des Britanniques, l’administration coloniale, pour laquelle je travaillais à l’époque, décidait de tout. Aujourd’hui, nous disposons d’institutions solides, dont nous sommes fiers, à juste titre. Ce n’est pas pour rien que la Heritage Foundation nous classe en tête des économies les plus libres.»

Plus que le fait d’une méconnaissance de l’histoire, le mouvement révèle «deux visions qui s’affrontent sur fond de coupure générationnelle, avance Sebastian Veg. Contrairement à leurs aînés, les jeunes nés après la rétrocession ne rêvent plus de devenir millionnaires. Ils ne sont pas antichinois mais désirent réaliser leur projet personnel. Ils ne se reconnaissent pas dans le nationalisme du président Xi. En réalité, ils ne demandent rien d’autre qu’une forme de fédération comme il en existe dans les pays démocratiques.»

Une suite politique

«La composition du comité de sélection du chef de l’exécutif peut être revue, élargie, admet Andrew Leung. Mais il est illusoire d’imaginer que Pékin ne s’assure pas que ce dernier lui soit fidèle. Comment travailler, sinon, dans la confiance. C’est le même pays!» Cette question sera cependant discutée l’an prochain, au parlement. Or, le mouvement des parapluies met aussi la pression sur les députés démocrates, qui détiennent une minorité de blocage. «Il leur sera plus difficile de ne pas mettre leur veto si le texte final ne contient pas un minimum de concessions.»

Enfin, la fédération des étudiants, HKFS, est sortie en tête d’un sondage le mois dernier comme le parti politique le plus populaire de Hongkong. «Nous verrons ce qu’ils en font, reprend Sebastian Veg, mais les élections de conseillers de districts l’an prochain leur permettront peut-être de faire passer un candidat et ainsi de briser le monopole que détiennent actuellement les pro-Pékin dans ces circonscriptions.»

Publicité