Tous deux de sombre vêtus, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se sont montrés aussi unis, hier après-midi à l’Elysée, qu’ils l’étaient au G20 de Cannes lorsque la zone euro menaçait d’exploser. Alors que les positions française et allemande divergeaient encore largement la semaine dernière, la chancelière et le président se sont mis d’accord, au terme d’une réunion de travail de deux heures, sur les grands axes d’un nouveau traité européen censé renforcer l’union budgétaire en Europe et contribuer au sauvetage de la monnaie unique. Ce déjeuner de travail précède de trois jours le sommet européen de jeudi et vendredi à Bruxelles.

Le nouveau traité «doit faire prendre conscience à l’ensemble des peuples européens que les choses ne peuvent plus continuer comme elles l’ont fait jusqu’à aujourd’hui», a lancé Nicolas Sarkozy. «Nous voulons que les dérèglements qui ont conduit à la situation actuelle ne puissent en aucun cas se reproduire», a-t-il ajouté avec gravité. «Nous devons reconquérir la confiance dans une situation difficile», a poursuivi Angela Merkel.

«L’accord franco-allemand est le plus complet possible», a souligné le chef de l’Etat français, au cours d’une conférence de presse commune. Ce programme fera l’objet d’une lettre, adressée conjointement mercredi par les deux dirigeants au président du Conseil européen Herman Van Rompuy. Le courrier détaillera l’ensemble des mesures. Selon le calendrier envisagé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, le nouveau texte devrait être négocié d’ici mars, les ratifications se déroulant ensuite, ce qui permet de dépasser les élections présidentielles et législatives en France.

Les deux dirigeants ont dit leur préférence pour un traité à 27 pays. Mais en cas de difficultés – le veto britannique est redouté –, ils sont prêts à passer par un traité à 17, limité aux pays de la zone euro, et ouvert aux autres Etats désireux d’y participer. L’objectif: obtenir à tout prix un accord durant le sommet de cette fin de semaine.

La position allemande, réaffirmée par Angela Merkel vendredi dernier devant le Bundestag, prévaut largement dans l’accord présenté hier. Celui-ci prévoit notamment un contrôle budgétaire renforcé, tandis que la Banque centrale européenne (BCE) conserve un rôle inchangé. Aucune mutualisation des dettes européennes par la création d’euro-obligations n’est prévue.

Premier point, le nouveau traité envisage «des sanctions automatiques en cas de non-respect de la règle de déficit inférieur à 3%», a annoncé Nicolas Sarkozy. Seule une majorité qualifiée pourrait s’y opposer. Deuxièmement, dans chaque pays, une règle d’or «renforcée», «harmonisée» et «contraignante», selon Angela Merkel, devrait être adoptée et inscrite dans la Constitution. «Les Cours constitutionnelles nationales pourront ainsi vérifier que le budget se dirige vers l’équilibre», précise Nicolas Sarkozy. Le sujet étant hautement sensible en France, l’Allemagne a fait une concession à son partenaire: la Cour de justice européenne ne pourra pas invalider un budget national. Elle pourra uniquement vérifier que les règles d’or sont conformes au nouveau traité et «constituent un réel engagement», selon la chancelière.

Autre chapitre, le mécanisme européen de stabilité sera avancé de 2013 à 2012. «Il s’agit d’accélérer la pérennisation du Fonds européen de stabilité financière», selon la dirigeante allemande.

Enfin, le gouvernement économique de la zone euro constitué des chefs d’Etat et de gouvernement devrait se réunir tous les mois tant que durera la crise. «Il sera focalisé sur la nécessité de doper la croissance dans la zone euro», explique Nicolas Sarkozy.

Pour prévenir d’éventuelles critiques sur un abandon de la souveraineté nationale ou sur la prédominance des positions allemandes dans ce projet, le chef de l’Etat a solennellement réaffirmé sa position: «Plus que jamais, la France pense que son alliance et son entente avec l’Allemagne constituent des éléments stratégiques essentiels. La France et l’Allemagne sont les deux grandes économies de l’Europe. Prendre le risque de la divergence, c’est prendre le risque de l’éclatement de l’Europe et de l’euro.»

«L’amitié franco-allemande reste le bien le plus précieux» après les affrontements meurtriers qu’ont connu les deux nations, a encore déclaré Nicolas Sarkozy. Une réponse indirecte aux propos germanophobes d’Arnaud Montebourg. La semaine dernière, le socialiste avait accusé Angela Merkel de mener «une politique à la Bismarck». «Ces paroles déconsidèrent ceux qui les ont prononcées», a critiqué le président. Pour tenter de clore la polémique, il a rappelé que «le chemin de l’amitié franco-allemande avait été tracé aussi bien par la droite que par la gauche et que jusque-là, ce sujet faisait l’objet d’un consensus dans l’ensemble de la classe politique».

En fin de journée, les marchés financiers européens ont bien réagi à l’annonce franco-allemande, en terminant la séance dans le vert. Les taux d’intérêt des obligations d’Etat se sont également détendus.