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Le pari grec de François Hollande

Le président français cherche, en aidant la Grèce, à doper sa stature politique de grand Européen et à éviter d’irriter les marchés financiers, toujours inquiets des timides réformes hexagonales

Le pari grec de François Hollande

Mercredi 8 juillet, au Ministère français des finances. Devant quelques journalistes conviés pour évoquer le «dossier grec», les conseillers du ministre Michel Sapin font la liste des «leviers» que le gouvernement d’Alexis Tsipras peut encore activer, afin de satisfaire l’Eurogroupe. La fiscalité, les dépenses de défense, l’âge des retraites… Les équipes de Bercy, à l’évidence, ont fait leurs calculs. La présence, au sein des équipes basées à Athènes, de la défunte «troïka» communautaire de plusieurs experts français – dont un pour la réforme fiscale et un autre pour les privatisations – a permis aux experts de Bercy de se familiariser avec les statistiques helléniques. «L’administration grecque savait sur quels boutons appuyer pour obtenir, en deux jours, un document acceptable par l’Eurogroupe», estime un diplomate.

Cette assistance technique, doublée selon Le Monde par l’envoi ces derniers jours de hauts fonctionnaires du Trésor français à Athènes pour boucler les ultimes tractations, n’est toutefois que la partie émergée d’une manœuvre politique à double objectif: éviter un Grexit, une sortie de la Grèce de la monnaie unique, aux conséquences incalculables pour l’UE et… la France; et positionner François Hollande, seul chef d’Etat social-démocrate de la zone euro, comme le «parrain» d’un accord. «Tsipras le rebelle, acculé à quitter la monnaie unique, ferait exploser la gauche française. Les frondeurs du Parti socialiste auraient aussitôt pris sa défense, prédit un conseiller du premier secrétaire du PS Français, Jean-Christophe Cambadélis, lui-même d’origine grecque. A l’inverse, Tsipras l’Européen, ramené à la raison et autorisé à rester dans l’euro, est un atout pour l’Elysée. La ligne «sociale libérale» de Manuel Valls est ainsi pondérée.

L’équation allemande

La France a une autre bonne raison de vouloir un accord avec la Grèce, même si personne n’a d’illusions, à Paris, sur le fait que la facture d’un éventuel redressement hellénique sera astronomique: plus le Grexit serait devenu réalité, plus les marchés financiers seraient redevenus nerveux et tentés de différencier la dette française et la dette allemande, dont les taux d’intérêt sont aujourd’hui presque similaires, malgré un endettement hexagonal record en ce début 2015 (2089,4 milliards d’euros, soit 97,5% du PIB, en hausse de 4,5% sur un an). Le «pari grec» de François Hollande, justifié au nom de la philhellénie de l’Hexagone, est donc aussi imposé par les circonstances.

Reste l’ultime partie de l’équation: la capacité de Paris à convaincre Berlin, à imaginer un mécanisme européen de contrôle des réformes grecques et à arracher surtout à Angela Merkel ce dont Alexis Tsipras a le plus besoin, une promesse de restructuration de la dette. Or là, le gouvernement grec risque de devoir jouer sur les mots. Le seul terme utilisé à Paris est «reprofilage». «Je peux vous le dire en anglais: reprofiling, souligne un haut responsable français. Pas de coupes, pas d’abandon de créances. Les Allemands veulent que les Grecs promettent de tout payer.»

«Les discussions doivent reprendre avec la volonté de conclure», a affirmé vendredi François Hollande. qui compte, pour aboutir, sur le couperet du calendrier. Après avoir brandi d’emblée le Grexit pour éteindre l’incendie grec, les Européens n’oseront pas, selon lui, laisser le feu couver durant l’été.

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