Editorial

Le pari de l’ouverture

C’est un changement de paradigme comparable à l’ouverture de Richard Nixon vers la Chine, ou aux accords de Camp David conclus sous l’égide de Jimmy Carter. Libéré de toute considération électorale, Barack Obama a accompli, avec l’aide des Canadiens et du pape, le geste le plus audacieux de sa présidence. Il s’apprête à normaliser, en accord avec son homologue cubain Raul Castro, les relations entre Cuba et les Etats-Unis, rompues depuis 1961.

Le président démocrate part d’un constat. L’embargo imposé par Washington à Cuba depuis un demi-siècle est un cuisant échec, un relent de la Guerre froide. Les Castro sont toujours au pouvoir et l’île est toujours dirigée, malgré des réformes économiques prometteuses, de façon autocratique. Le «bloqueo», comme le dénomment les Cubains, a surtout servi les intérêts politiciens d’élus comme le démocrate Robert Menendez ou le républicain Marco Rubio, candidat potentiel à la Maison-Blanche. Le sénateur de Floride continue de croire que l’embargo, codifié par le Congrès dans la loi Helms-Burton, est un levier qui forcera la démocratisation de Cuba. Barack Obama ne lève pas l’embargo, une prérogative du Congrès, mais il le vide de sa substance.

Le secrétaire d’Etat Henry Kissinger avait tenté en son temps de normaliser en secret les relations avec La Havane. Les jeunes Américains d’origine cubaine souhaitent aujourd’hui une telle normalisation. Le pari de Barack Obama est celui de l’ouverture et des échanges, qui contribueront, selon lui, à extraire l’île des griffes de l’autocratie, même si les changements vont sans doute prendre du temps.

La «révolution cubaine» de Barack Obama correspond à l’idée que le président démocrate se fait de la politique étrangère. Dialoguer même avec l’ennemi, pour trouver une solution diplomatique servant les intérêts des deux pays. En décidant un rapprochement avec Cuba, la Maison-Blanche sape par ailleurs les efforts russes et chinois auprès du régime castriste.

Après la victoire républicaine lors des élections de mi-mandat, beaucoup voyaient déjà Barack Obama comme un président impuissant. Avec Cuba, son décret sur l’immigration et peut-être demain un accord sur le nucléaire iranien, il prouve qu’il pourrait bien être le président «transformationnel» dont on parlait en 2008.