C’est en numéro deux du nouveau régime qu’est apparu, mercredi 3 juillet, Mohamed ElBaradei, prenant la suite du général Abdel Fattah al-Sissi à la tribune, d’où ce dernier venait d’annoncer la destitution du président Mohamed Morsi. Au nom du peuple et en qualité de représentant du Front du 30 juin, une coalition de partis politiques et de mouvements révolutionnaires hostiles au président Morsi, l’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et Prix Nobel de la paix 2005, est venu donner une caution politique et civile à la «feuille de route» pour une transition politique présentée par l’armée.

Projet de réformes

L’ancien diplomate de 71 ans avait, quelques heures plus tôt, figuré au nombre des personnalités politiques, civiles et religieuses convoquées par le général Al-Sissi pour mettre la touche finale à cette «feuille de route». Redevenu le porte-voix d’«une nouvelle ère pour la révolution de 2011», Mohamed ElBaradei aura fort à faire pour être l’homme de la situation dans la délicate transition qui s’annonce.

Depuis son retour triomphal sur la scène politique égyptienne début 2010, après une longue carrière à l’étranger, ce Cairote d’origine a, à plusieurs reprises, laissé penser qu’il pouvait endosser ce rôle, avant de se dérober à chaque fois ou d’être empêché. Face à l’ancien raïs Hosni Moubarak, il avait tenté de fédérer l’opposition autour d’un projet de réformes porté par son jeune mouvement politique, l’Association nationale pour le changement, avant de se rallier brièvement aux Frères musulmans. Réputé intègre et austère, et animé de convictions démocratiques fortes, il avait su séduire la jeunesse éduquée, les intellectuels et les classes moyennes urbaines, qui ont été aux premiers rangs de la révolution égyptienne du 25 janvier 2011.

Devenu chef de file de l’opposition laïque et libérale, Mohamed ElBaradei est pourtant resté cantonné aux seconds rôles pendant la période de transition assurée par le Conseil suprême des forces armées de février 2011 à juin 2012. Médiocre orateur, cet homme de haute stature, au visage bonhomme égayé par des lunettes rondes, n’a pas su pallier son manque de charisme pour déjouer la campagne virulente de dénigrement lancée à son encontre par les militaires et les Frères musulmans.

Coalition hétéroclite

Aux yeux de la province égyptienne, il est apparu comme déconnecté de la réalité, voire comme un agent de l’étranger. Las de ferrailler avec le pouvoir militaire et le maréchal Hussein Tantaoui, à qui il reprochait de perpétuer le système répressif, Mohamed ElBaradei avait déclaré forfait à l’élection présidentielle de juin 2012.

Face au nouveau président islamiste, Mohamed Morsi, Mohamed ElBaradei s’est à nouveau imposé comme chef de file des détracteurs des Frères musulmans. D’abord à la tête de son parti, Al-Dostour, puis du Front du salut national (FSN), une coalition hétéroclite de formations de l’opposition laïque et libérale. Pour espérer s’imposer à la tête de l’Etat égyptien, Mohamed ElBaradei devra d’abord faire taire les divisions qui minent cette coalition depuis sa formation en novembre 2012 et imposer sa ligne laïque et libérale à ses deux autres partenaires: l’ex-ministre des Affaires étrangères, Amr Moussa, et le nassérien Hamdin Sabahi.