France

A Paris, les amazones de la terreur islamiste

La voiture piégée retrouvée le week-end dernier près de Notre-Dame avait été placée là par un commando de jeunes femmes radicalisées, reliées aux auteurs d’autres attentats

Il faut imaginer dans quel état serait aujourd’hui la France si la voiture piégée découverte le week-end passé dans la capitale avait explosé.

Le lieu? A proximité de la cathédrale Notre-Dame, en plein Quartier latin, l’un des premiers lieux touristiques du pays. Le mode opératoire? Une voiture piégée, bourrée de bonbonnes de gaz, assurée de faire d’importants dégâts matériels et humains si elle avait explosé. Le réseau à l’origine de cet attentat déjoué in extremis, car la voiture n’a pas pris feu? Un commando de plusieurs femmes, pour la plupart nées en France, à la tête duquel se trouvait notamment une fille de 19 ans, Ines M., connue des services de police pour avoir tenté à plusieurs reprises de se rendre en Syrie afin de rejoindre les rangs de l’Etat islamique (Daech selon l’acronyme arabe).

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Evolution de la nébuleuse terroriste islamiste

Pas étonnant, dès lors, que le procureur de la République de Paris, François Molins, ait tenu, vendredi, à avertir des mutations en cours de la nébuleuse terroriste islamiste, notamment l’utilisation des femmes et les problèmes causés par les retours de djihadistes en raison des combats. Tout, dans cette nouvelle filière, démontre en effet combien le combat des forces de l’ordre est compliqué, malgré les mesures d’exception en vigueur dans le cadre de l’état d’urgence, imposé depuis les attentats du 13 novembre 2015. Ines M., Ornella G., Amel S., Sarah H… Les prénoms et les initiales données vendredi par le magistrat disent, par recoupement, les motivations de ces «amazones de la terreur».

Toutes, y compris la plus jeune, se sont radicalisées en France, mêlant contacts directs avec des islamistes endurcis et visionnage abondant de la propagande médiatique de Daech sur Internet. Toutes étaient prêtes à mourir, au vu du texte manuscrit d’allégeance au «calife» Al-Baghdadi retrouvé dans le sac d’Ines M. accompagné d’une lettre à sa mère, et du testament retrouvé sous le lit d’Ornella G. lors de la perquisition de son domicile, après son arrestation sur une aire d’autoroute dans le Vaucluse, en début de semaine. Au moins trois d’entre elles, fichées S comme «radicalisées», étaient sur écoute téléphonique, ce qui a permis de les repérer.

Guidées depuis la Syrie

Plus qu’un réseau, un commando téléguidé de Syrie, comme l’a expliqué François Molins, trois jours après la publication de nouveaux chiffres par le Ministère de l’intérieur: 2165 individus français seraient actuellement impliqués dans le djihad, dont 689 sur zone en Irak et en Syrie; quelque 180 seraient en transit, c’est-à-dire en train de rentrer vers la France, et 203 djihadistes français seraient, eux, déjà rentrés; 193 auraient enfin été tués à l’étranger et près de 900 tentatives de départs vers le Moyen-Orient ont été recensées.

«Ce qu’il faut retenir, c’est la rapidité du passage à l’acte et la détermination, expliquait un enquêteur. Notre principal problème aujourd’hui n’est pas d’identifier les suspects: nous en avons plein dans notre radar. La difficulté, c’est d’anticiper leurs mouvements.»

Les informations à retirer de cet attentat évité

Dans ce cas précis, l’élément décisif semble être le lien de cette équipée de tueuses avec deux autres attentats commis récemment par des individus fichés et suivis: celui du 20 juin 2016 à Magnanville, où deux policiers ont été tués chez eux par Larossi Abdallah, et celui perpétré le 26 juillet 2016 à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, où un prêtre a été égorgé dans son église par deux jeunes hommes, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean. Sarah H., arrêtée dans la soirée de jeudi à Boussy-Saint-Antoine était, selon François Molins, «l’ancienne promise à Larossi Abdallah et Adel Kermiche». Un terme qui désigne des fiançailles à distance. Avec la vengeance comme évident motif de mise en œuvre du projet terroriste.

Autre leçon de cet attentat déjoué: son mode opératoire à la voiture piégée, tant redoutée par les enquêteurs qui, depuis le camion fou de Nice, s’attendaient à de telles actions. Remplie de bonbonnes de gaz et de jerricans d’essence, recouvertes d’une couverture arrosée de carburant, la Peugeot 607 signalée dans la nuit de samedi par un serveur de café ramène la France dans le rang de pays comme la Syrie, le Liban ou l’Irak, où ce genre d’attaque est très fréquent.

Tout en notant le manque de moyens logistiques évidents: les femmes, qui se sont enfuies et n’ont pas cherché à se donner la mort, avaient seulement des armes blanches, dont elles se sont servies contre les policiers. Elles n’avaient pas de dispositif sophistiqué de mise à feu. Une preuve, peut-être, de l’assèchement des ressources létales à la disposition des apprenti(e) s terroristes de l’Hexagone.

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