Europe

De Paris à Berlin, l’heure est aux concessions

Angela Merkel soutenait Sarkozy. Elle est prête à lâcher un peu de lest sur la croissance, sans laisser filer les déficits

Le gouvernement allemand a enfoncé le clou hier: «Il n’est pas possible de renégocier le pacte budgétaire, a répété le porte-parole d’Angela Merkel. L’Allemagne ne veut pas d’une croissance par les déficits mais par des réformes structurelles.»

Angela Merkel souhaitait la victoire de Nicolas Sarkozy. Elle va devoir s’adapter à un nouveau partenaire qu’elle ne connaît pas, puisqu’elle avait même refusé de le rencontrer pendant la campagne électorale.

Pourtant, «des contacts ont eu lieu en amont. Le débat n’a pas toujours été simple, mais des échanges ont eu lieu et les équipes sont mieux préparées l’une à l’autre que ce n’avait été le cas en 2007», assure Chantal Mairesse, de la fondation allemande Genshagen. D’autant que, à la différence de Nicolas Sar­kozy voici 5 ans, François Hollande compte plusieurs germanophiles dans son entourage.

«Entre la France et l’Allemagne, ce n’est pas une histoire de personnes, insiste le député CDU Andreas Schockenhoff. Les deux équipes devront travailler de façon constructive, et surtout ne pas perdre de temps.» La véritable inquiétude d’Angela Merkel, ce n’est pas le nouveau locataire de l’Elysée, mais les marchés financiers qui – vu de Berlin – attendent un ralliement rapide de Paris au pacte budgétaire, en tout cas avant le référendum en Irlande. Si la France traîne les pieds, les Irlandais diront non au pacte budgétaire, et ce sera la fin de la monnaie commune, estime-t-on dans les rangs de la CDU.

Des deux côtés du Rhin, les observateurs sont convaincus que le nouveau président évitera de heurter de front les intérêts allemands. Pour sa part, Angela Merkel est bien consciente qu’il lui faudra assouplir son discours. Dans ses dernières allocutions, la chancelière a davantage parlé de croissance pour combattre la crise de la dette, sans pour autant relâcher la pression sur le terrain de la discipline budgétaire. «Un nouveau président a besoin de présenter quelques succès à ses électeurs, rappelle Andreas Schoc­ken­hoff. D’une façon ou d’une autre reformuler telle ou telle ligne du pacte budgétaire de telle façon qu’il semblera avoir obtenu quelque chose de l’Allemagne.» Sans que Berlin n’ait bougé d’un pouce sur l’essentiel à ses yeux. «Il y a des fondamentaux à respecter mais, entre ces fondamentaux, il reste une marge de manœuvre réelle si on mène une négociation intelligente», estime Stefan Seidendorf, de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg.

Non aux euro-obligations

Globalement, trois des quatre propositions que François Hollande entend présenter à ses partenaires européens pour relancer la croissance sont acceptables aux yeux de Berlin: davantage de possibilités de financement de la Banque européenne d’investissement, la mobilisation de tous les reliquats des fonds structurels européens aujour­d’hui inutilisés et la création d’une taxe sur les transactions financières, à laquelle la CDU d’Angela Merkel est favorable, même si le projet est pour l’instant bloqué en Allemagne par les libéraux du FDP.

Seule la quatrième proposition de François Hollande – la création d’euro-obligations – essuie un refus catégorique à Berlin. Pour les Allemands, il est hors de question de mutualiser la dette des pays du sud. Du moins pour l’instant. «Quand Angela Merkel dit qu’elle ne fera pas quelque chose, on sait qu’elle changera d’avis demain ou après-demain», raille le député social-démocrate Axel Schäfer. Les sociaux-démocrates pour leur part, longtemps hostiles aux euro-obligations, viennent de s’y rallier.

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