En cavale depuis près de dix ans, le militant des Brigades rouges Paolo Persichetti a été arrêté samedi soir à Paris et immédiatement extradé vers l'Italie. Au nom des «Unités communistes combattantes», cet ancien terroriste d'extrême gauche serait notamment responsable de l'assassinat le 20 mars 1987 du général de l'armée de l'air Ligio Giorgieri. Pour cet homicide ainsi que pour les blessures infligées en février 1986 à un ancien conseiller économique de la présidence du Conseil, Persichetti a été condamné il y a quinze ans à 22 ans et 6 mois de réclusion. Un verdict prononcé par contumace, le militant des Brigades rouges s'étant réfugié entre-temps en France.

En 1987, Persichetti obtient en effet un permis de séjour en tant qu'étudiant. Il n'est arrêté qu'en novembre 1993, alors qu'il se trouve dans les bureaux de la préfecture de Paris pour faire renouveler son permis de séjour. Mais il est rapidement remis en liberté ayant déposé un recours contre son extradition auprès de la Cour d'appel de Paris. En 1995, le Conseil d'Etat français émet un avis favorable à son extradition. Trop tard. Persichetti a fait perdre ses traces. Et sa clandestinité n'a pris fin que samedi à la suite d'un contrôle de police.

Remis aux autorités italiennes à proximité du Mont-Blanc, Persichetti a été tranféré à Rome. En apprenant la nouvelle, Silvio Berlusconi, en vacances en Sardaigne, a fait part de sa «grandissime satisfaction». «Il ne s'agit pas d'un personnage secondaire», a affirmé le ministre de l'Intérieur, Giuseppe Pisanu.

Quelques mois après l'assassinat, à Bologne, de l'économiste Marco Biagi par les Brigades rouges et alors que les enquêtes piétinent, l'extradition de Persichetti apporte en effet un peu de réconfort pour l'Etat italien en lutte contre le terrorisme. D'autant que depuis l'assassinat en 1999, de Massimo D'Antona, un autre conseiller du Ministère du travail, les juges antiterroristes sont persuadés que les nouvelles recrues des Brigades rouges sont encadrées par de vieux militants. Agé de 40 ans, «Persichetti n'est pas un vieux personnage», a d'ailleurs indiqué hier le ministre de l'Intérieur, sans toutefois fournir le moindre élément permettant de penser que l'ancien militant n'aurait pas abandonné la lutte armée après sa fuite en France.

Au-delà, son extradition vers Rome laisse en tout cas entrevoir une nouvelle collaboration en matière de terrorisme entre Paris et Rome. Depuis près de vingt ans, les autorités transalpines demandaient en vain à la France qu'elle leur livre les terroristes d'extrême gauche réfugiés dans l'Hexagone. Jusqu'à présent, les règles imposées par François Mitterrand, lorsqu'il était président de la République, avaient prévalu. Celui-ci avait jugé que les militants d'extrême gauche présents en France mais qui avaient renoncé à la lutte armée pouvaient bénéficier d'une sorte de droit d'asile. Avec l'arrivée au pouvoir à Paris d'une nouvelle équipe gouvernementale visiblement désireuse de normaliser ses relations avec Silvio Berlusconi, la doctrine Mitterrand a peut-être définitivement vécu.